Malgré les assurances de la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences (fédéral), Diane Finley, on ne sait toujours pas si la réforme du régime de l’assurance-emploi contenue dans le projet de loi C-38 n’inventera pas les camps de travail, version 2.0. Je vous rappelle mon billet précédent sur la question, où je soulignais le désir du gouvernement fédéral d’obliger les prestataires, de ce qui était appelé autrefois et proprement l’assurance-chômage, d’accepter un job qu’ils auraient en d’autres circonstances refusé.
Par contre, on connaît maintenant les principes sous-jacents de la réforme. L’un est moral, l’autre économique, tels qu’exprimés par leur théoricien, le ministre des Finances Jim Flaherty.
Le principe moral, d’abord: il n’y a pas de mauvais emploi, le seul mauvais emploi, c’est de ne pas avoir d’emploi, a dit le ministre Flaherty. On serait tenté de traduire par: Avec pas de job, c’est pas bien.
Le principe économique maintenant : il y a des emplois disponibles présentement au Canada, il y a des chômeurs, il n’y a donc aucune raison pour les chômeurs de les refuser. C’est à se demander, par contre, si le gouvernement Harper a posé la question suivante aux employeurs: les voulez-vous, ces chômeurs? Je ne suis pas sûr, par exemple, qu’un entrepreneur en maçonnerie ayant des besoins de briqueteurs éprouve le désir d’embaucher un commis comptable au chômage.
Donc, la ministre Finley, a joué un peu à la pompière, en arrosant d’eau de rose le feu de camp allumé par son distingué collègue des Finances. «On s’attend à ce que les Canadiens acceptent un emploi conforme à leurs compétences, et ce, dans leur région.» Le problème, c’est que cette notion existe déjà dans la loi actuelle régissant l’assurance-emploi. Dans le projet de loi C-38, les articles concernant les obligations à l’endroit des bénéficiaires sont abrogés. Ils seront remplacés par de simples règlements. Ainsi, pour les modifier, il fallait obtenir l’aval de la Chambre des communes et du Sénat. Dorénavant, seules les sautes d’humeur du ministre seront suffisantes. Jusqu’à maintenant, tous ignorent, sauf la ministre Finley et ses camarades conservateurs, de quelle manière seront rédigés ces nouveaux règlements.
Tout ça est de la théorie. La réalité est la suivante:
En janvier dernier, il y avait 6,4 chômeurs pour chaque emploi disponible au Canada (222 000 postes vacants, contre 1 421 000 chômeurs). En septembre dernier, c’était 5,4, selon les données de Statistique Canada.
