Le maire de Québec, Régis Labeaume, et le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, exigent du gouvernement une loi spéciale pour régler le conflit dans la construction.
Des appels puérils provenant d’une impulsion instinctive plutôt que d’une stratégie finement songée afin de sceller le sort d’une industrie capitale de l’économie québécoise, pour les quatre ou cinq prochaines années.
Pourtant de rudes adversaires des syndicats, les deux politiciens populistes ne se rendent pas compte qu’en exigeant une loi spéciale, ils font le jeu des syndicats de la construction. Car, la stratégie de l’alliance syndicale table justement sur le dépôt d’une loi spéciale.
Les syndicats n’ont pas un si gros rapport de force, notamment en ne disposant pas de fonds de grève, qui auraient permis aux membres de soutenir leurs familles durant un long conflit. La grève doit être courte, très courte, et vu l’espace intersidéral qui sépare les demandes des deux adversaires, il est impossible que la partie patronale ne se rende aux exigences ouvrières en si peu de temps.
Le seul allié pour assurer des gains significatifs aux travailleurs, c’est le gouvernement et sa loi spéciale.
Le déclenchement de la grève a justement pour but de forcer non pas la partie patronale à épouser les demandes syndicales, mais la main du gouvernement. Une loi spéciale, même du PQ version actuelle, n’irait pas dans un sens trop opposé aux demandes des ouvriers de la construction. Dans les médias, l’alliance agite des demandes de hausses salariales de 3% et plus. Or, il a fort à parier qu’en coulisse, la cible syndicale se situerait probablement plus autour d’une fourchette de 2,5% à 3%.
Même chose du côté patronal, le petit 1% de hausse de salaire offerte ne fait pas sérieux. Les négociateurs savent fort bien qu’au final, avec un peu de chance, ils pourraient bien s’en sortir avec une hausse salariale de près de 2%. Les patrons offrent aux salariés le travail forcé les samedis et les dimanches, les heures supplémentaires payées en double seulement à partir de 48 heures, et des chantiers opérationnels dès 5h30 le matin.
Ils savent bien que dans le cas d’une loi spéciale ou d’un règlement négocié, ils devront laisser tomber au moins une, ou deux de ces exigences étonnantes, en échange d’un peu plus de flexibilité dans l’embauche des travailleurs et moins d’appétit salarial de leur part.
Le refus total de la ministre du Travail Agnès Maltais d’envisager une loi spéciale est la meilleure position possible. Car, à partir du moment où un gouvernement en laisse planer la menace, qu’arrive-t-il, croyez-vous? Il n’y a plus aucune négo. Tout s’arrête. Tant les patrons que les chefs syndicaux attendant paresseusement que l’État nettoie leur gâchis. Avec à la clé, un climat de travail pourri pour toute la durée de la convention collective. Rien pour améliorer la productivité dans les chantiers, tout le contraire même.
Rappelez-vous les conflits de travail à Air Canada, l’an dernier: sitôt la menace d’une loi spéciale évoquée par le gouvernement Harper, sitôt la partie patronale s’est assise sur son steak pour regarder la ministre fédérale du Travail Lisa Raitt faire le boulot à sa place.
Je parierais même que si nous étions en situation de gouvernement caquiste ou libéral, ce ne serait pas une grève que ne subirions, mais un lock-out. D’ailleurs, les patrons de la construction avaient évoqué il y a quelques semaines cette possibilité. Cela dit, avec un gouvernement péquiste qui n’a pourtant pas trop fait de cadeaux aux syndicats, l’Association de la construction a plutôt laissé à l’Alliance syndicale le loisir de faire feu la première.
Syndicats et patrons doivent aussi cesser de prendre leurs vessies pour des lanternes: aucun des deux groupes n’a l’appui de la population. Le porte-parole syndical Yves Ouellet affirmait sans rire que la population est à 300% derrière les syndicats de la construction. C’est une manière de décrire sa vie sur une autre planète. Côté patronal, vous n’avez juste qu’à crier «CHARBONNEAU!».
Depuis hier, bien des gens qui n’ont rien à voir avec le conflit perdre leur emploi, notamment chez les fournisseurs de matériaux et de services pour l’industrie de la construction, selon ce que Jobboom a appris. C’est pas mal plus grave que les retards dans la construction du Temple à Labeaume. Les faces de MM. Babounes des deux côtés de la table devront en tenir compte. Et se comporter dès maintenant en adultes.
