18 Mars 2010

Permalink 10:33 am, Éric Grenier / Général, 618 mots  

Trop de raison, pas assez d'intuition

Ma chronique parue dans la dernière édition du Magazine Jobboom:

Sale temps pour les économistes! Imaginez, deux ans après la débâcle financière, les voilà obligés de laisser place à un truc qui, on dirait, vient de l’intérieur du corps, comme des petits papillons dans la poitrine. Chez les roturiers, ils appellent ça des émotions.

Ils ne sont pas trop habitués à pareil dévergondage. Dans le bon vieux temps, c’est-à-dire en 2007, tout était si simple. Suffisait de brasser des éléments de la mathématique quantique dans un grand bol, et voilà, tout l’avenir économique était expliqué et prévu. Aucune dérive déraisonnable du genre «pas sûr que la main invisible du marché soit une pensée plus rationnelle que l’idée que nous soyons des rats de labo des Éloïmes» n’était tolérée.

Après plus de 30 ans, l’expérience de ce qu’on a appelé les «marchés efficients» a dérapé avec les spectaculaires coûts que l’on connaît. Des milliers de milliards de dollars engloutis on ne sait où (mais certainement pas dans nos poches), des dizaines de millions de chômeurs, des générations endettées à tout jamais. Un fiasco monumental.

La fameuse main invisible des marchés n’était en fait que la main très visible des cupides, puisqu’il n’y a qu’eux qui en ont profité. On raconte d’ailleurs que le célèbre théoricien Adam Smith, à qui on doit la fameuse idée, avait voulu faire une figure de style, une métaphore! Un peu comme Moïse qui, cherchant à expliquer l’Univers de manière un peu moins plate qu’en une simple démonstration scientifique, a écrit que le tout avait été créé en six jours, et que le septième jour, Dieu a pris une pause (il s’agissait, bien entendu, de la première blague à caractère syndical de l’Histoire).

La faillibilité des marchés maintenant démontrée, les économistes doivent se rendre à l’évidence que, derrière les marchés, il y a l’homme et son «hommerie». Ça complique drôlement la tâche.

Ce que l’on vit aujourd’hui, c’est le résultat de décennies de dictature de la raison, comme l’appelait l’essayiste John Ralston Saul dans son essai Vers l’équilibre, publié en 2005. En excluant toute autre forme de pensée comme le sens commun, l’éthique (l’éthique! Grand Dieu qu’on l’a mise de côté, celle-là…), l’imagination, l’intuition et la mémoire, le modèle dans lequel les économistes nous avaient enfermés depuis des années était condamné à l’effondrement.

Cette suprématie de la raison nous a déjà apporté d’autres catastrophes. Ainsi, quand on a commencé à nourrir les bœufs avec de la farine animale, aucune preuve scientifique ne laissait croire que cela pouvait poser problème. Mais si nous avions usé d’intuition, nous aurions compris qu’on ne peut nourrir des vaches avec de la viande de moutons malades! Ça nous aurait évité la maladie de la vache folle.

Comme me le disait Saul lors d’un entretien accordé en 2005, si vous faites du sergent responsable de l’approvisionnement en uniformes votre général sur la ligne de front, il est évident que la chose la plus importante pour lui, selon la raison, sera que tout le monde soit bien vêtu. Mais pas d’imaginer comment gagner. Ce sera de la bonne gestion. Mais vous vous ferez massacrer!

C’est ce qui nous est arrivé.

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17 Mars 2010

Permalink 10:40 am, Éric Grenier / Général, 454 mots  

Rambo au secours des infirmières?

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Rambo-de-la-Côte-Nord, l'homme qui pourrait sauver les infirmières

C'est la semaine de l'infirmière, tant les journaux foisonnent de nouvelles qui leur sont consacrées. Il s'y dégage un constat général: la déprime, la grande. La très grande déprime.

Il y a eu d'abord la série d'articles du Journal de Montréal, dans laquelle on y apprenait le sort enviable qui attend les infirmières québécoises exilées au pays des vaches à cloche. Horaires stables, salaires alléchants, pas d’heures de travail supplémentaires obligatoires. La Suisse les accueille en superstars. Toutefois, si objectivement les conditions de travail sont nettement supérieures à celles du Québec, la vie suisse, elle, en fait rentrer plusieurs au bercail. Notamment dû au coût de la vie élevé et au manque de soutien à la vie de famille.

Reste, comme l'indique ce papier, les infirmières quittent en plus grand nombre que jamais. Car, il n'y pas qu'au Québec que la pénurie existe, mais à peu près partout, comme je l'ai déjà mentionné ici. Ou encore ici, alors que les conditions dénoncées auraient pu être le fait d'infirmières québécoises, mais il s'agissait plutôt de Françaises! Ce qui, bien entendu, démonte le très fatigant argument du gouvernement Charest selon lequel les problèmes du réseau de la Santé sont le fruit des mises à la retraite sous le gouvernement péquiste des années 90. Voir si le PQ avait gouverné à la grandeur du monde.

Par ailleurs, tant dans le Journal que dans Le Devoir, le cas désespérant des superinfirmières refait surface. Or, de superinfirmières, il n’y en a point, et il n’y en aura pas de sitôt. Quelques dizaines en ce moment, contre 1240 en Ontario. Selon Le Devoir, les programmes pourraient être mis sur la glace. Un véritable cas de recours collectif contre le gouvernement de la part de celles qui y ont crû au programme des superinfirmières. Rappelez-vous, les superinfirmières devaient être une sorte de fer de lance d'un réseau plus efficace. L'incohérence du ministère de la Santé et des Services sociaux dans ce dossier est à pleurer. Cela dit, ceci s'explique probablement par cela:

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C'est quoi? Un circuit imprimé de la navette spatiale? L'arbre généalogique de l'espèce humaine? Non, il s'agit de l'organigramme du ministère. Désespoir!

Puis, dans La Presse, ce matin aussi, des infirmières racontent leur passage au privé. À ce qu'elles disent, qui peut les blâmer? Pas moi, c'est certain.

Une chose est claire, il leur faut un Rambo ou Dr Barrette. Ça presse.




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16 Mars 2010

Permalink 12:23 pm, Éric Grenier / Général, 441 mots  

Avez-vous peur des autodidactes?

C'est fou comme c'est facile de tirer sur le messager! Regardez le spectaculaire show de boucane de Richard Goyette, le directeur général de la FTQ-Construction, hier. La FTQ-Construction fait de l'intimidation sur les chantiers afin de favoriser le placement de ses membres, comme le laissent entendre de nombreux reportages? Sa seule réaction, paraphrasée: c'est pas vrai, câlice! C'tu clair? Tous ceux qui vont soulever la question, on va les poursuivre! On fait jamais d'intimidation! Visionnez le reportage de TVA, ça en vaut le 2 minutes...

C'est tellement plus facile de tirer sur le messager comme ça... Dans un autre ordre de grandeur, le reportage à la Une du Magazine Jobboom de mars s'attire aussi sa part de foudre. En fait, il y a longtemps que je n'ai vu pareil barrage de réactions. «Édifiant!», répond un lecteur sur un ton très sarcastique. «Au nom de tous les parents qui se faisaient chier inutilement avec les études de leurs enfants avant d'avoir lu votre pièce d'anthologie, Bravo», dénonce un autre. Puis cet autre commentaire: «Je trouve assez spécial (...) qu’un magazine comme le vôtre puisse réaliser ce genre de reportage, vous qui prônez, par le biais des annonceurs que vous acceptez et par votre département Jobboom Formation, l’importance des études et de la formation.»

Qu'a-t-on écrit de si socialement irresponsable? Que les autodidactes, ça existe! J'avoue, ce n'est pas le scoop du siècle. Mais le Magazine Jobboom s'intéressant aux différents phénomènes reliés au monde du travail - c'est sa mission - il nous apparaissait normal de traiter de celui de l'autodidaxie. C'est que voyez-vous, ça existe! Qui sont-ils, comment font-ils, de quoi sont-ils constitués, combien sont-ils, voilà autant de questions que nous traitons en toute neutralité à propos des autodidactes.

Et pourtant, on nous accuse de dénigrement de l'école, d'apologie du décrochage scolaire, que le reportage est une aussi bonne idée que d’écrire « A life of crime: not half as bad as you might think ».

C'est quoi un autodidacte? Comme le mentionne cette définition, ce ne sont pas des êtres maléfiques s'abreuvant du sang des p'tits enfants. «Un autodidacte est une personne qui a appris par elle-même, en dehors des institutions éducatives (ce qui constitue l'autodidaxie).»

Mais aux yeux de certains, nous ne devrions en tant que média, que faire la promotion des bonnes mœurs telles qu'énoncées par un conclave pontifical. Dans ce cas, vive le fascisme!

Et vous, qu'en pensez-vous de ce reportage? Est-ce un cas pour les Nations unies?


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12 Mars 2010

Permalink 14:50 pm, Éric Grenier / Général, 138 mots  

Le 5 à 7 du vendredi

C'est le temps de notre traditionnel 5 à 7 du vendredi, et avec les 4 victoires consécutives des p'tits glorieux, ça donne le goût de se mettre au hockey après cette dure semaine de labeur. D'ailleurs, comme vous pouvez le constater dans cet article du Globe and Mail, il y a des chanceux qui ont réussi à convaincre leur employeur d'installer sur les lieux de travail, une patinoire! Le rêve.

Mais attention à la bière d'après-match. Trop, et c'est mauvais pour les systèmes d'aqueduc. La preuve: ci-dessous, un graphique représentant la consommation d'eau du réseau d'aqueduc de la ville d'Edmonton lors de la présentation du match pour la finale du tournoi olympique de hockey. Chaque fin de période coïncide avec une vague de chasses d'eau de trop-plein de bière. Flush!


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12 Mars 2010

Permalink 14:10 pm, Éric Grenier / Général, 610 mots  

Le gouvernement a-t-il peur de la FTQ?


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Un digne représentant de la FTQ-Construction

Le gouvernement a-t-il peur de la FTQ? Comme on dit, poser la question, c'est un peut-être y répondre un peu, beaucoup.

Mercredi, j'appelais le ministre du Travail, Sam Hamad, à répondre à la demande de la CSN et du Conseil du patronat, de revoir le système de placement des travailleurs orchestré par les syndicats. Un peu partout en entrevue, le ministre a servi comme réponse passe-partout: je vais regarder ça.

Pourtant, l'un de ses prédécesseurs, Laurent Lessard, avait déjà mandaté, dans une loi déposée en 2005, la Commission de la construction du Québec pour créer un système indépendant de placement des travailleurs (le lien est un sommaire de la loi qui a été adoptée contre l'intimidation sur les chantiers de construction, dans le sillon du scandale de la Gaspesia). Dans le projet de loi, il y était écrit:

Afin de diversifier l’offre de main-d’oeuvre, le ministre confie à la CCQ le mandat de proposer, d’ici la fin de l’automne 2006, des mesures visant à encadrer le placement syndical ainsi que de proposer un système de référence de maind’oeuvre et une stratégie d’implantation qui permettraient la mise en relation directe des travailleurs et des employeurs de l’industrie de la construction.


Tout ça parce que la Commission d'enquête sur le dérapage de la Gaspesia avait clairement démontré que le système toléré dans lequel ce sont les syndicats qui s'occupent du placement était toujours autant empreint de conflits d'intérêts qu'au temps de la Commission Cliche.

Qu'est-il arrivé? La Commission a bel et bien élaboré un tel système indépendant. Puis, un certain jour de mars 2007, les gros bras de la FTQ sont débarqués dans tous les bureaux régionaux de la CCQ. La FTQ-construction, et un certain Jocelyn Dupuis, n'étaient pas peu fiers de leur coup de force.

Le lendemain, il n'y avait plus de système indépendant. Le bon vieux temps pouvait continuer de rouler. Voici un extrait d'une dépêche de la Presse Canadienne à l'époque:

Une entente a été conclue mercredi entre la FTQ-Construction et la Commission de la construction du Québec (CCQ). La direction de la Commission s'est engagée à revoir et à réécrire son projet de système de référence de la main-d'oeuvre et à le soumettre au conseil d'administration.

Les dirigeants de la FTQ-Construction ont rencontré ceux de la Commission de la construction du Québec, dont les locaux ont été occupés par des travailleurs FTQ à travers la province, mercredi matin, pour leur faire part de leur opposition à l'accaparement par la Commission du placement de la main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction.

La FTQ-Construction a fait valoir que les syndicats s'acquittent très bien du placement de la main-d'oeuvre et que c'est plutôt la Commission qui est incapable de gérer son bout de la tâche, qui consiste à compiler les données d'emploi fournies par les employeurs.


Ce qui est bizarre dans toute cette histoire de référence et de placement, c'est que, nulle part dans la loi régissant le monde de la construction, il n'est écrit que ce sont les syndicats qui offrent le service. Le règlement est même très clair, c'est le job de la CCQ. Cependant, le gouvernement préfère laisser ce boulot aux syndicats, même si les conflits d'intérêts et les problèmes éthiques d'une telle présence sont gros comme les bras d'un délégué du local 791...




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Éric Grenier est chroniqueur et rédacteur en chef du Magazine Jobboom.

eric.grenier@jobboom.com
514-871-0222, poste 2287.
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