Admettons qu’on accepte les explications de Guy Chevrette concernant l’histoire de la «magouille» de la route de Saint-Donat, révélée hier à la Commission Charbonneau. Bref, il n’y a pas eu de magouille, ni pot-de-vin, ni entrepreneur-ami gâté.
On accepte les explications de l’ancien ministre de la Garnotte, mais ça ne répond pas à la question de fond embrumant l’histoire de cette route : pourquoi?
Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Et pourquoi?
Pourquoi cette route? Vous avez peut-être déjà entendu cette blague duplessiste selon laquelle on promettait aux électeurs de construire des ponts là même où il n’y a pas de rivière.
Dans ce cas-ci, on a construit une route qui mène de nulle part à nulle part, en passant par nulle part. Desservant personne. Et donnant accès à rien.
Ce que la petite histoire officielle de ce bout de route de 31 km nous apprend, c’est qu’il devait permettre de relier deux destinations importantes, Saint-Donat et Mont-Tremblant. Question de faire profiter la première des importants développements de la seconde, vu leur proximité et leur filiation apparente et historique. Comme si les deux étaient séparées par l’Atlantique.
Ce que la petite histoire officielle ignore de mentionner, c’est qu’il y avait déjà un lien routier qui unit encore aujourd’hui les deux communautés, au sud de celui qui nous préoccupe depuis hier.
Distance entre le village de Saint-Donat et le versant nord de Tremblant par la vieille petite route de colonisation, dit le chemin de Vals-des-Lacs : 38 km.
Fallait donc rapprocher les deux communautés. Une nouvelle route, vite, la route du Nordet (ou route Chevrette, comme voulaient la baptiser certains disciples de l’ancien ministre), qui deviendra le lien officiel entre Tremblant et Saint-Donat.
Nouvelle distance : 51 km! Wow, quel rapprochement…
Ainsi, d’une route déjà existante, mais mal en point et nécessitant des travaux d’urgence de toute façon, desservant de vrais villages, du vrai monde, des sites de villégiature; qui partait tout près de Saint-Donat le long d’une route provinciale importante, on a choisi de créer un nouveau lien routier à une dizaine de kilomètres au nord du village, à partir du cul-de-sac de la route 125, où il n’y a rien. De là , on traverse une immense forêt publique où il n’y a rien, aucun attrait et aucune communauté, ne serait-ce qu’une maison isolée à desservir. En prenant soin d’ajouter 13 km au trajet entre les points A et B qu’on souhaitait relier. Une route désormais célèbre pour ses des pentes de 300 mètres de dénivelé et des degrés d’inclinaison à faire capoter un cycliste du Tour de France pourtant aguerri aux cols alpins. Imaginez maintenant l’hiver, mom & pop, avec la marmaille et matante au volant. Il y aura des caleçons à nettoyer, c’est garanti!
En plus, (car il n’y pas que dans les contrats routiers qu’il y a des extras, il y en a aussi dans l’histoire), en plus donc, que le projet est demeuré inachevé. Une grosse highway qui part d’un rang provincial à une petite route locale. Il reste donc 10 km de route qu’on pas été construit et qui auraient permis de relier plus efficacement les points A et B. Un petit tronçon indispensable pour justifier l’investissement dans le grand tronçon, disparu subitement, et comme par enchantement, de la liste des priorités du ministère des Transports.
Bref, vous dépensez 22 millions de dollars pour une route jusqu’à l’ombre de votre objectif, comme vous brûler 2 milliards de calories pour traverser le lac Saint-Jean à la nage, et là , à quelque de brasse de la rive opposée à votre départ, vous choisissez d’abandonner. Embarque dans’chaloupe, ça ne me tente pu de traverser le lac à la brasse.
Quelle étrange manière de politique publique… qui pourrait s’expliquer à l’aune du témoignage de Gilles Cloutier devant la commission. Sauf que ce n’est pas vrai, nous dit Guy Chevrette. OK, d’abord, alors :
Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi cette route inutile?
Une risée dans la région, dont on en dit qu’il s’agit de la piste cyclable de luxe la plus chère au Québec! Car, jusqu’à maintenant, le nombre de passages cyclistes surpasse nettement celui des voitures.
PS : malgré son origine douteuse, cette route offre des panoramas exceptionnels sur la région des Laurentides et la limite sud du Parc du Mont-Tremblant. Outre le fait d’avoir séparé en deux une vaste zone sauvage et ériger un mur de Palestine pour la grande faune locale qui parcourait le secteur, elle a permis aux cultivateurs de chanvre hallucinogène d’accéder à un immense territoire non patrouillé. De plus, l’exploitant forestier détenant les permis d’exploitation de la zone – qui vient de Chertsey, un village proche de Joliette, tient donc! – a pu épargner des dizaines de milliers de dollars en construction de routes forestières pour atteindre et sortir sa ressource.
Donc, tout n’est pas noir dans ce dossier.
