Assurance-emploi: avec pas de job

- 17 mai 2012

Malgré les assurances de la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences (fédéral), Diane Finley, on ne sait toujours pas si la réforme du régime de l’assurance-emploi contenue dans le projet de loi C-38 n’inventera pas les camps de travail, version 2.0. Je vous rappelle mon billet précédent sur la question, où je soulignais le désir du gouvernement fédéral d’obliger les prestataires, de ce qui était appelé autrefois et proprement l’assurance-chômage, d’accepter un job qu’ils auraient en d’autres circonstances refusé.

Par contre, on connaît maintenant les principes sous-jacents de la réforme. L’un est moral, l’autre économique, tels qu’exprimés par leur théoricien, le ministre des Finances Jim Flaherty.

Le principe moral, d’abord: il n’y a pas de mauvais emploi, le seul mauvais emploi, c’est de ne pas avoir d’emploi, a dit le ministre Flaherty. On serait tenté de traduire par: Avec pas de job, c’est pas bien.

Le principe économique maintenant : il y a des emplois disponibles présentement au Canada, il y a des chômeurs, il n’y a donc aucune raison pour les chômeurs de les refuser. C’est à se demander, par contre, si le gouvernement Harper a posé la question suivante aux employeurs: les voulez-vous, ces chômeurs? Je ne suis pas sûr, par exemple, qu’un entrepreneur en maçonnerie ayant des besoins de briqueteurs éprouve le désir d’embaucher un commis comptable au chômage.

Donc, la ministre Finley, a joué un peu à la pompière, en arrosant d’eau de rose le feu de camp allumé par son distingué collègue des Finances. «On s’attend à ce que les Canadiens acceptent un emploi conforme à leurs compétences, et ce, dans leur région.» Le problème, c’est que cette notion existe déjà dans la loi actuelle régissant l’assurance-emploi. Dans le projet de loi C-38, les articles concernant les obligations à l’endroit des bénéficiaires sont abrogés. Ils seront remplacés par de simples règlements. Ainsi, pour les modifier, il fallait obtenir l’aval de la Chambre des communes et du Sénat. Dorénavant, seules les sautes d’humeur du ministre seront suffisantes. Jusqu’à maintenant, tous ignorent, sauf la ministre Finley et ses camarades conservateurs, de quelle manière seront rédigés ces nouveaux règlements.

Tout ça est de la théorie. La réalité est la suivante:

En janvier dernier, il y avait 6,4 chômeurs pour chaque emploi disponible au Canada (222 000 postes vacants, contre 1 421 000 chômeurs). En septembre dernier, c’était 5,4, selon les données de Statistique Canada.

Malgré l’ajout de 23 000 emplois, stabilité pour l’Indice Jobboom

- 16 mai 2012

Croissance nulle pour l’Indice Jobboom en mai, alors que l’emploi progresse pourtant au Québec. Le hic, c’est que cette croissance, aussi intéressante a-t-elle été en avril dernier – le Québec compte pour 40% des emplois ajoutés au Canada durant ce mois – n’en demeure pas moins minée par un tas de contradictions et de paradoxes.

indice mai

D’abord, le taux de chômage était en hausse (à 8%, contre 7,9%, le mois précédent), malgré que les 23 000 emplois de plus qu’il y avait dans la province s’ajoutaient aux 36 000 de plus qu’il y a eu mars. Visiblement, mars a donné confiance aux Québécois puisqu’un bon nombre ont joint les rangs des travailleurs et des chercheurs d’emplois, avec une population active qui a crû de près de 30 000 personnes. En deux mois, la population active du Québec a augmenté de façon spectaculaire avec 46 000 personnes de plus.

Par contre, le rythme de croissance de l’emploi n’arrive pas à suivre la tendance, et tous les nouveaux membres de la population active n’arrivent pas à se trouver du boulot. C’est la même chose en Ontario où la création d’emplois n’est pas mauvaise, il se créé juste la moitié de ce qu’il faudrait d’emplois pour accueillir tous les nouveaux travailleurs.
Nous disions donc que le Québec a créé 40% des nouveaux emplois au Canada le mois dernier. Sauf qu’il est possible de dire dans la même phrase que le marché du travail québécois a moins bien fait que ceux des autres provinces.

Car au Québec, il n’y a eu que les emplois à temps partiel qui ont augmenté, de 32 000, tandis que le nombre d’emplois à temps plein a diminué de 9000. C’est un contraste avec le mois précédent alors que le nombre d’emplois à temps plein augmentait de 24 000.
En Ontario, en avril, il s’est créé 23 000 emplois à temps plein, tandis que 30 000 à temps partiel disparaissaient.

Au cours des 12 derniers mois, l’emploi à temps plein a crû de 4% en Colombie-Britannique, en Alberta et en Saskatchewan, de 1% en Ontario, de 1,2% au Nouveau-Brunswick et de 3,2% en Nouvelle-Écosse. De toutes les provinces, il n’y a qu’au Québec où l’emploi à temps plein stagne depuis un an, avec 3000 au total en moins sur 12 mois. Ce qui fait que maintenant, près d’un emploi sur 5 au Québec est à temps partiel. Il n’y a qu’en Colombie-Britannique que le taux est plus élevé, à 22%. Pourtant, en un an, le secteur du commerce où se concentrent traditionnellement les emplois à temps partiel, a vu diminuer son nombre de salariés de plus de 3%.

C’est inquiétant et traduit une méfiance des employeurs québécois à l’égard des perspectives économiques, contrairement aux travailleurs Québécois, qui eux, gagnent en confiance et réintègrent ou intègrent massivement le marché de l’emploi.

Seul élément réconfortant : l’emploi manufacturier a ajouté 13 000 emplois en avril. En un an, l’emploi a peu bougé dans ce secteur. La grande saignée est-elle terminée?

L’Indice Jobboom est une prévision de la force de l’emploi pour le mois courant, calculée par rapport aux dix dernières années. Plus l’Indice est fort, c’est-à-dire près de 100 %, plus le marché de l’emploi est favorable. À moins de 50, il est «défavorable». Entre 50 et 75, c’est «passable». Entre 75 et 90, il est «favorable», alors qu’à plus de 90, il est «excellent»

Travail: les jeunes québécois dans la ouate

- 15 mai 2012

Les données sur le chômage des jeunes, diffusées ce matin par l’Organisation de coopération et de développement économique (l’OCDE) dans ses pays membres donnent froid dans le dos.

Dans les 34 pays les plus développés de la planète, le taux de chômage moyen des travailleurs âgés entre 15 et 24 ans (les étudiants à temps plein en sont exclus) était de 17,1%. C’est plus du double que celui de la population en général, à 8,2%. Historiquement, le chômage des jeunes a toujours été plus élevé que celui de la population en général, mais qu’il soit multiplié par deux, on se retrouve dans une zone assez inconfortable.

Dans les pays de la zone euro qui font régulièrement la manchette pour leur risque de banqueroute, la situation de l’emploi des jeunes n’est rien de moins qu’affolante. En Grèce et en Espagne, c’est 1 jeune sur 2 qui est chômage. En Irlande, en Italie et au Portugal, c’est 1 sur 3. Le cas de l’Irlande est pathétique : il y a si peu de temps, le Tigre celtique était cité fréquemment en modèle de réussite économique, le taux de chômage de sa jeunesse figurait parmi les plus bas du monde, à 9,4% en 2007. Maintenant, il dépasse les 30%. Moyen lendemain de veille…

Le nouveau président François Hollande a tout un défi devant lui: plus d’un jeune travailleur français sur cinq est sans emploi. Appelez ça la Montagne du Hollandais… Même nos références nordiques sont mises à mal: alors qu’on ne cesse de vanter certains de ces pays comme modèles à suivre pour le Québec, les jeunes y sont frappés durement. En Suède, le taux de chômage des jeunes frise les 23%, tandis qu’en Finlande il est à 19,4%. Même le Danemark n’affiche pas sa superbe, alors que 15,1% de ses travailleurs de 15 à 24 ans sont au chômage. C’est quand même moins que notre autre grande référence économique: le taux de chômage des jeunes Américains est de 16,4%. C’est plus du double de celui de la population en général.

Tandis que chez nous, au pays du Printemps érable, même si le taux de chômage est, objectivement encore trop élevé, la situation s’avère nettement moins difficile. Avec un taux de chômage de 13,9%, tant pour les jeunes Canadiens que les jeunes Québécois, le Québec et le Canada se retrouvent ex aequo au 11e rang sur 35 (si on ajoute le Québec à la liste des 34 pays membres de l’OCDE).
Devant nous, doit-on ajouter, il y a des pays où sévit un taux de chômage moindre, mais nous devons relativiser. Certes, il y a moins de chômage chez les jeunes Mexicains et les jeunes Japonais, mais leur situation économique globale est loin d’être aussi favorable que celle qui prévaut ici.

Jeudi et vendredi, les ministres du Travail des pays du G20 se réuniront à Mexico. L’OCDE leur demande d’aborder sérieusement la question du chômage chez les jeunes.

Voici le tableau:

chômage jeune

Économie de marché ou société de marché?

- 14 mai 2012

Petite réflexion du lundi, qui nous vient ni du journal interne des Indignés d’Occupons Montréal, ni du site de la CLASSE, encore moins du dernier congrès de Québec solidaire, mais du New York Times, sous la plume de son chroniqueur vedette, Thomas Friedman, défenseur invétéré du libre-échange. Il cite un de ses amis, auteur d’un bouquin sur la marchandisation de tout, Michael Sandel :

«Au cours des 30 dernières années, nous avons dérivé d’une économie de marché, à une société de marché. Une économie de marché est un outil – un outil particulièrement efficace – pour bien organiser les activités productives de nos sociétés. Mais une société de marché, c’est un monde où tout est à vendre. C’est une manière de vivre où le marché mène et décide tous les aspects de la vie.»

Pour entendre et voir ce philosophe de Harvard à l’oeuvre, sur le même thème:

Varia du vendredi

- 11 mai 2012

On ne l’avait jamais entendu celle-là: le traitement réservé à l’ancien député Tony Tomassi s’explique par son origine italienne. C’est, en tout cas, ce qu’affirme son papa, dans une entrevue accordée au Devoir.

Il faudrait peut-être rappeler à papa Tomassi que c’est en vertu du Code criminel canadien que fiston est invité au tribunal, pas en vertu des quelconques bonnes vieilles valeurs québécoises. Alors, s’il y a de quoi de raciste, c’est le Code criminel canadien, adopté par la chambre des Communes du Dominion canadien, qui a tendance en effet à déférer devant les tribunaux les députés italiens soupçonnés par le Procureur général de fraude et d’abus de confiance.

Celle-là par contre, c’est du nouveau: « On veut faire du Québec un monastère. C’est rendu qu’on ne peut plus aider nos amis. À quoi sert d’avoir des amis si on ne peut pas les aider ? » À ce que je sache, il n’y a rien de monastique à rémunérer les ministres 149 429 $, justement pour qu’ils aient pas besoin d’aide de leurs amis.

Tenez, définition de népotisme, qu’on retrouve dans tous les dicos, le Robert comme l’Oxford ou encore le Niccolò Tommaseo: «En politique, le népotisme est caractérisé par les faveurs qu’un homme ou une femme au pouvoir montre envers sa famille ou ses amis, sans considération du mérite ou de l’équité, de leurs aptitudes ou capacités.» Ça ressemble pas mal au droit de cuissage politique réclamé par Papa Tomassi. Par ailleurs, Wikipédia, dans sa définition de népotisme, cite un seul exemple de népotisme: le régime nord-coréen. Pas très flatteur.

Cela dit, l’excuse raciste nous avait été servie par le passé par le célèbre viticulteur des Cantons, Alfonso Gagliano. C’est possible, finalement, que ce soit vrai. Sauf que, ça n’explique pas la présence parmi les déchéances libérales récentes de David Whissel, qui lui, n’est pas italien. C’est un anglo. Mais un anglo des Laurentides, de la belle campagne d’Argenteuil. Un anglo des Laurentides, c’est comme un franco de Kirkland, ça ne compte pas vraiment. Mais chose sûre, il n’est pas italien.

Le seul point en commun qu’ont nos trois politiciens déchus, c’est qu’ils sont gros (ok, peut-être juste un peu rondelet, dans le cas de David)! Alors, s’il y a un profilage des médias et de la police à l’encontre d’une certaine classe d’élus, s’il y a de la discrimination, ça ne peut être qu’en raison de leur tour de taille. Ça expliquerait aisément pourquoi les mesdames Normandeau et Beauchamp ne sont pas inquiétées par l’UPAC. Trop «tight cut»…

Ce qu’il y a de bon dans cette sortie, c’est la confirmation que l’amour paternel rend aveugle. Tony Tomassi, un charismatique? Tony Tomassi, un talentueux? Remarquez qu’on l’a jamais vu à l’œuvre dans sa ligue de garage de babyfoot, section Montréal-Nord. Peut-être là-bas…
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En voilà une bonne: la ministre responsable du gouvernement en ligne, dans le cabinet Charest, Dominique Viens, n’a pas de compte Twitter, nous apprend Vincent Marissal dans La Presse ce matin. Selon mes sources généralement mal informées, on m’indique par contre qu’elle est membre d’un club de danse en ligne. Donc, elle s’y connaît quand même.

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Le député d’Orford Pierre Reid, qui affectionne l’expression «échapper le ballon» pourrait aussi l’utiliser à l’encontre de son adversaire oppositionnel Amir Khadir. Notre médaillé du lancer de la chaussure a affirmé à la suite des événements du métro de Montréal d’hier qu’il ne fallait pas rejeter du revers de la main l’hypothèse que l’attentat (je n’ai pas ajouté l’adjectif «terroriste», vous ferais-je remarquer) soit l’oeuvre d’une infiltration policière. «C’est un événement qui se produit le matin même où la Sûreté du Québec doit répondre de ses actes.» Et que nous, en tant que média, et lui en tant que garde-fou de la démocratie, avons la responsabilité de l’envisager, avant de poursuivre avec une analogie médicale inspirée de son expérience de docteur. Moi, j’y irais plutôt de cette métaphore: c’est pas parce qu’on peut soupçonner que la vie existe ailleurs que sur Terre dans l’Univers qu’on doit en conclure en la possibilité d’un cover-up gouvernemental sur la présence des p’tits bonshommes verts ou gris parmi nous.

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Parlant de l’Univers, il y a un chroniqueur intello vedette des réseaux sociaux qui doit certainement vivre dans la 4e dimension. Faudrait peut-être l’invité à regarder le monde d’ailleurs qu’à partir de son balcon du Mile-End pour qu’il comprenne que peut-être, pour des dizaines de milliers de gagnes petits, la paralysie du métro d’hier ne leur a pas fait gagner des heures de congé inattendues, mais perdre une journée de salaire qui va faire la différence entre avoir 30 soupers ce mois-ci ou 25 seulement. La rue Chabanel, c’est pas le chemin de Compostelle, ducon.