04/07/06

Permalink 12:31 pm, Éric Grenier / , 693 mots  

Chronique L'heure supplémentaire

Chronique L'heure supplémentaire parue dans l'édition de juin/juillet du Magazine Jobboom, vol. 7, no 6.

La vieille dame et la ville


Sans ses métropoles, le Canada ne serait toujours qu’un pays en voie de développement! Voilà ce que disait fréquemment Jane Jacobs, vieille dame indigne des sciences économiques, qui avait le don d’ébranler les certitudes présentées en immuables lois de la nature par la frange la plus dogmatique des économistes.

C’était d’autant plus enrageant pour eux, car la dame n’avait aucune formation s’approchant de l’économie. Journaliste de carrière, elle était une pure autodidacte, mais ses thèses avaient le don de se vérifier avec le temps et de bien vieillir. Tout comme elle.

Malheureusement, la dame n’est plus. Elle est décédée le 24 avril dernier à l’âge de 90 ans. Afin que ses idées pas piquées des vers ne soient pas enterrées avec elle, rappelons-en quelques-unes pour la postérité.

Jane Jacobs a contribué par ses travaux à redéfinir bon nombre de politiques économiques ici comme ailleurs. Son premier opus, The Death and Life of Great American Cities, paru en 1961, est aujourd’hui l’ouvrage que l’on fait d’abord lire aux étudiants en urbanisme. Alors qu’à Montréal, on astiquait à peine les premiers gratte-ciel, Jane Jacobs y annonçait déjà le retour à la vie de quartier, comme cela s’est avéré avec la relance du Plateau-Mont-Royal et de Saint-Roch, à Québec, par exemple.

En 2001, The Nature of Economies, le dernier traité économique qu’elle signa, raffine sa pensée à ce sujet. Les sociétés humaines, comme la nature, sont soumises à l’imprimatur de l'économie, avançait-elle. Les villes sont les écosystèmes de l'homme moderne. Si elles déclinent, elles annoncent la mort lente de la société qui l’entoure.

Née en 1916 en Pennsylvanie, Jane Jacobs a longtemps vécu à New York avant de s’établir à Toronto, en 1968. Parmi ses thèses qui touchent spécifiquement le Québec, celles sur la nécessité de faire l’indépendance pour relancer l’économie québécoise vont à contre-courant de la majorité des discours des gens d’affaires, encore aujourd’hui. «Faites l’indépendance, et avec votre propre monnaie, disait-elle. La souveraineté, c'est la confiance en soi. Qu'est-ce que ça veut dire “Maîtres chez nous”? Ça veut dire que vous devenez responsables. Vous ne voulez pas être comme les Maritimes, dépendre du reste du pays, mais c'est là que vous vous en allez», affirmait-elle dans un entretien accordé au magazine L’actualité, au milieu des années 1990.

De plus, elle soutenait que le nationalisme québécois n’avait en aucun cas provoqué le déclin de Montréal. «C'est le déclin qui a provoqué l'exode des anglophones. Les gens vont ou restent là où il y a du travail. Voyez l'exode des francophones vers la Nouvelle-Angleterre au début du XXe siècle. Ils ne sont pas partis à cause de lois linguistiques.»

À ce chapitre, elle contredisait d’ailleurs l’idée reçue à l’effet que le Québec est un trop petit marché et donc condamné à exporter. Encore là, c’est prendre le problème par la mauvaise patte. Avant de pouvoir rêver à l’exportation, il faut d’abord réussir à vendre à l’intérieur, croyait-elle. Comme Bombardier, qui a commencé à vendre des skidoos à des Québécois avant de livrer des jets régionaux en Asie.

Avant même que l’idée ne trotte dans la tête d’un quelconque dirigeant québécois, au début des années 1980, Jane Jacobs prédisait l’importance de la formation continue. «C'est au moins aussi important que les universités», répétait-elle.

Quant aux fusions des petites entreprises pour faire face à la concurrence mondiale, elle n’y croyait pas. Les grandes entreprises ne recevaient pas, du reste, son aval. Parce que ces dernières détestent ce que Jacobs appelait les fugues (et qu’elle encourageait) : ces salariés qui démissionnent pour créer une nouvelle entreprise. Pourtant, les «fugues» sont essentielles à une économie. Les fugueurs forment une petite compagnie pour fabriquer un produit nouveau grâce à leurs épargnes et à un prêt. Si, en expansion, ils trouvent un bon financement, l'entreprise décolle, achète, embauche. C’est une des clés de l’innovation pour une économie.

Des leçons à retenir.
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Commentaires:

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Commentaire de:  gérald breton
eh bien... bonne leçon pour vous tous, les
petits économistes verreux, payés pour nous faire croire qu'en plus d'être impossible, c'
est économiquement dangereux, hazardeux et tout
ce qui se termine par ...eux

Jane Jacobs est radotteuse me direz-vous, et
vous alors..... passons

les sociétés humaines sont les esclaves de l'économie, et ne fonctionneront et ne seront respectées que si et seulement si elles véhiculent le message décidé par l'économie et ses "petits péteux de bretelles" qui pour convaincre, s'acharnent à semer peur, panique
et désespoir..., à tous ces braves nous nous
disons aujourd'hui que vous ne détenez ni la
science infuse ni la sagesse et l'honnête hu-
maine.....

ferez-vous encore porter le fardeau aux partis souverainistes quand vous nous appeu-
rerez avec les grands exodes de gens,de capi-
taux, de génies, allez donc en approfondir les vraies causes, descendez de vos nuages et
dites à ceux qui vous paient pour instaurer la crainte, la panique, que le p'tit peuple
de rien est en train de devenir instruit, au
fait des réalités politiques, économmiques et
sociales et bien bien méfiant de vous tous
Permalien 2006-07-05 21:28:10
Commentaire de:  Michel Vincent
Je suis bien content que l'indépendance du Québec ne soit pas toujours rejeté du revers de la main!

Il y a sûrement quelque chose de bon à en tirer.... C'est malheureux que cette dame soit décédée!

En espérant effectivement que ses écrits lui survive!
Permalien 2006-07-04 23:21:05

Éric Grenier est chroniqueur et rédacteur en chef du Magazine Jobboom.
eric.grenier@jobboom.com
514-871-0222, poste 2287.
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