22/11/07

Permalink 07:29 am, Éric Grenier / , 624 mots  

Île Charron: le buck à Charest


La saison de chasse au chevreuil - pardon, cerf de Virginie - tire à sa fin, mais Jean Charest a déjà son trophée de chasse : l'île Charron. Cette minuscule enclave dont des écologistes et n'amis des chevreuils aimeraient voir intégrée au parc national des Îles-de-Boucherville. «Voici mes amis, je vous prouve que mon gouvernement a à coeur l'environnement, que l'histoire du parc du Mont-Orford n’était qu'un malheureux malentendu», vient de nous dire le gouvernement Charest par l'imposition de cette réserve foncière.

On nous laisse sous l’impression d’une grande victoire pour la protection de l’environnement. Saviez-vous que la superficie des terrains en question est moins grande que la cour arrière à Pauline? Un tout petit 20 hectares.

Une réserve qui mènera selon toute vraisemblance vers l'expropriation des terrains. À quel coût? Certainement pas 130 millions de dollars comme le prétend celui qui les a acheté du Mouvement Desjardins. Mais à au moins 6 millions de dollars, le prix d'achat. C'est beaucoup d'argent pour des terrains qui n'en valent pas le prix de conservation. S'ils ne sont pas à l'intérieur des limites du parc, c'est pour une bonne raison. Entre autres: c'est un ancien dépotoir, de batteries notamment, qui a servi lors de la construction du tunnel Lafontaine. Une dump n'a pas sa place à l'intérieur d'un parc national, fusse-t-elle ancienne! Coincée entre une autoroute, deux bretelles d’autoroute, la voie maritime, une usine d’épuration des eaux usées et un hôtel. En face du port. Un terrain contaminé en friche, pas une forêt trois fois centenaire.

J'entendais à la radio l'autre matin: «A-t-on idée de construire des condos là où gambadent des chevreuils!?!» Les 2000 unités de condos qui auraient trouvé preneur où seront-elles érigées alors? Là où gambadent d'autres chevreuils, grand dieu! Au cours de la seule journée d'aujourd'hui, on peut certainement évaluer que de 10 à 20 fois la superficie des terrains de l’île Charron sera déboisée dans les banlieues de Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau, pour faire place à des champs de maisons de ville tassées les une contre les autres. Là où gambadaient avant aujourd’hui, cerfs, ratons, coyotes, renards, grenouilles. Demain, ce sera plutôt des morceaux d’abris Tempo.

Le seul hic dans le projet de développement de l’île Charron, aurait été la pression exercée par les nouveaux voisins sur le parc. Mais de là dépenser combien, 10, 15, 20 millions de dollars pour un espace semi-naturel moins grand que le parc Lafontaine? Quand on pourrait, pour la même somme, protéger des milliers d’acres de forêts privées dans les Laurentides, Lanaudière, la Mauricie, l’Estrie, la banlieue de Québec, les collines de la Gatineau, menacées elles aussi par la pression du développement immobilier. Ces terres, morcelées, sont souvent entourées de terres publiques, elles aussi morcelées. Ce qui permettrait de créer de grands corridors verts aux portes de nos villes. Sans nécessairement les transformer en parc, mais au moins s’assurer qu’ils ne soient pas détruits à jamais par la construction de résidences, de golfs et de routes. Mais ça, ni le gouvernement, et de façon inconcevable, ni la plupart des groupes écologistes, ne s’en préoccupent.

Malheureusement au Québec, la protection des habitats est vue selon le modèle de la cloche de verre : on protège un carré donné de toute intervention, pour mieux permettre la destruction tout autour.

Or, la diversité des écosystèmes n’est assurée que par de grands corridors verts. Sauf que le Québec se dirige tout droit vers le concept inverse, celui de la courtepointe verte.

Permalien 2 commentaires

Commentaires:

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Commentaire de:  Mathieu Ouellet
Vous avez très bien expliqué le problème. Tous sont coupables d'un manque de vision dans le domaine, que ce soit le gouvernement ou les écologistes. On y va un projet à la fois, un combat à la fois. Il devrait pourtant y avoir un plan d'ensemble pour ce genre de chose, une vision globale de développement immobilier et environnemental, car les deux ne sont pas nécessairement ennemis.

Je crois que ce dossier est représentatif de notre façon de voir les choses au Québec: nous manquons cruellement de vision d'ensemble.
Permalien 2007-11-22 10:36:04
Commentaire de:  Mario Goyette
Bonjours M.Grenier
Le retours de l'hivers et déjà le ski à reculons qui refait surface, avec ses débats passionnants à l'Assemblée Nationale.
Le sinistre Claube Béchard, don Quichotte en croisade contre les grosses pétrolières avec sa loi ahurissante sur la fixation des prix, doit se sentir soulagé d'avoir passé le flambeau du Mont Orford et de cet égoût à ciel ouvert du Sharaton Hotel à la ministre Line Beauchamp, au nom plus approprié.
Quand on est dans le champ.
Permalien 2007-11-22 15:12:31

Éric Grenier est chroniqueur et rédacteur en chef du Magazine Jobboom.
eric.grenier@jobboom.com
514-871-0222, poste 2287.
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