01/05/08
Faut-il geler le salaire minimum?
1er mai, fête des travailleurs de par le monde, et du salaire minimum au Québec. C'est en effet aujourd'hui qu'entre en vigueur la hausse du salaire minimum de 50 cents, l'une des plus spectaculaire des dernières années.
La question qui ne tue pas, mais qui dérange: doit-on geler le salaire minimum? Selon certaines études, un salaire minimum élevé créé du chômage. Pour d'autres, c'est faux. Pour certains, un salaire minimum bas est une forme de subvention déguisée aux employeurs.
Pour votre réflexion, des extraits d'un texte paru dans le Magazine en 2006:
Si le salaire minimum est plus élevé, «tous les petits salariés en profitent parce que certains employeurs offrent systématiquement plus que le minimum», explique Stéphane Renaud, de l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal. (...)
Mais, d’un autre côté, ajoute Benoît Dostie, professeur d’économie à HEC Montréal, une hausse du salaire minimum accroîtra nécessairement le chômage. (...)
Cette sensibilité des entreprises de services au taux du salaire minimum serait attribuable au fait que les coûts de main-d’œuvre y représentent une plus grande proportion des frais que dans d’autres secteurs économiques. Selon Statistique Canada, au Québec, la rémunération compte pour 80 % des coûts dans l’hébergement et la restauration et 75 % dans le commerce de détail, contre 59 % dans l’ensemble des industries.
Toutefois, ce ne sont pas tous les spécialistes qui, lorsqu’ils se penchent sur la question, constatent un taux de chômage accru à la suite d’une hausse du salaire minimum. «Le débat porte plutôt sur l’ampleur de la perte d’emploi : elle serait moins importante qu’on le croyait, dit Benoît Dostie. En outre, ces pertes n’arrivent pas tout de suite : au lendemain d’une hausse, les restaurateurs auront besoin d’autant d’employés parce qu’ils auront autant de frites à faire. Mais, à plus long terme, pour réduire leurs coûts de main-d’œuvre, ils investiront peut-être dans une friteuse automatique.»
Mais n’est-ce pas censé être bénéfique pour l’économie si les entreprises modernisent leurs équipements en achetant, par exemple, une friteuse automatique? «Les innovations technologiques et la productivité accrue qu’elles entraînent créent de la croissance économique et donc, à long terme, plus d’emplois», analyse Stéphane Renaud. Selon lui, un salaire minimum plus généreux donne un coup de fouet à l’économie, et le chômage qu’il engendre est temporaire. À court terme, toutefois, «il faut prendre en compte la capacité de payer des employeurs et, au bout du compte, celle du consommateur», estime François Meunier, de l’Association des restaurateurs. «Si on ne met personne à pied, une hausse du salaire minimum se répercutera sur le prix des produits… et personne ne veut payer son club sandwich 50 $!» (...)
Selon plusieurs experts consultés, cet idéal passe par des programmes de soutien du revenu comme les allocations familiales ou le remboursement de la TPS. Justement, le gouvernement du Québec a instauré en janvier 2005 la Prime au travail : une aide financière pour les travailleurs (...)
Benoît Dostie applaudit la mesure. «C’est à l’ensemble des contribuables d’aider les travailleurs pauvres, et non seulement aux employeurs», dit-il. Pour Vivian Labrie, porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté, au contraire, la Prime au travail n’est rien de moins qu’une subvention déguisée qui permet aux entreprises de continuer à sous-payer leurs employés. «Cette mesure déresponsabilise les compagnies, qui ont un rôle à jouer pour combattre la pauvreté, et cela nuit aux finances publiques.»
Une étude du UC Berkeley Labor Center, un institut de recherche sur le travail rattaché à l’Université de Californie, lui donne raison. Celle-ci montre qu’en Californie, offrir un salaire minimum de 8 $ l’heure aux travailleurs – plutôt que les 6,75 $ en vigueur dans cet État – réduirait de 2,7 milliards les aides allouées par le gouvernement pour les soins de santé ou la garde des enfants. En d’autres mots, les contribuables paient ces milliards parce que les entreprises ne le font pas.
«Que ce soit le consommateur qui achète son produit plus cher parce qu’on a augmenté le salaire minimum ou le contribuable qui paie la Prime au travail avec ses taxes, l’argent sort toujours de la même poche», constate Benoît Dostie.
La nôtre.
Des liens:
Commission des normes du travail
L'organisme Au bas de l'échelle
L'opinion de l'Institut économique de Montréal
Grands honneurs pour le Magazine Jobboom
Je vous l'avais annoncé, et voilà les résultats: le Magazine Jobboom a remporté deux distinctions prestigieuses aux Grands prix du Magazine, les «Oscars» de l'industrie du magazine au Québec.
D'abord, notre journaliste Marie-Hélène Proulx a obtenu le prix du meilleur reportage de l'année, avec son étonnante enquête sur les assistés sociaux, Pris au piège, publié en août 2007. Elle a également reçu une mention pour son reportage sur l'industrie funéraire, Pompes à fric, publié en octobre dernier.
De plus, notre page couverture de juin 2007 a été reconnue meilleure page couverture. Sexe inc. (photo ci-bas) avait été mise en nomination avec 9 autres pages couvertures, après qu'un jury l'ait sélectionnée parmi une cinquantaine de possibilités. Ensuite, on invitait le public à voter pendant deux semaines. Cette page est le résultat du mariage de la créativité débordante de notre ancienne directrice artistique, Mélanie Dubuc, et de l’œil magique de notre photographe Marie-Claude Hamel.
Alors, ce matin, vous avez un rédacteur en chef et jobboomblogueur pas mal fier de son monde. L'équipe du Magazine Jobboom, Marie-Hélène, Corinne Fréchette-Lessard, Pierre Frisko, Louise Émond, Stéphane Plante, Nathalie Renauld, Marie-Claude Hamel, Patrice Bériault, nos nombreux journalistes pigistes, et notre grande manitoune, Patricia Richard, travaillent d'arrache-pied, avec des moyens parfois du bord, à produire un périodique unique en son genre de haute qualité.
|