08 Mai 2009

Permalink 10:32 am, Éric Grenier / Général, 1090 mots  

Éthique: de mal en pis

Je sais que Mongrain en parlait dans son blogue en vue de son émission d'aujourd'hui, mais les histoires d'éthique se bousculent à un rythme effréné. Dernière en lice: le cas Weaver, à AbitibiBowater. Alors que l'entreprise n'avait même plus assez de liquidité pour payer son bill de câble (j'exagère, mais pour les besoins de la démonstration), la direction de l'entreprise s'est dépêchée il y a quelques semaines afin de vider ce qui restait dans la petite caisse pour «féliciter» son PDG John Weaver de l'avoir poussée à la faillite avec une prime de 17,5 millions $.

B-R-A-V-O

Ce n'est pas illégal, ça ne contrevient à aucune règle écrite, mais grand dieu que c'est non éthique et immoral.

On parle, comme Mongrain, beaucoup des manquements éthiques du secteur public, et pour une raison: ils sont impossibles à cacher, tout est public. Facile, alors, de déterrer ces histoires pour les journalistes. Dans l'entreprise privée, par contre, c'est plus difficile, mais pour chaque Weaver, combien d'autres cas de manque d'éthique semblables?

Que faire alors? Plus de réglementation? Pas sûr, il y en déjà un char et une barge, de règles, et pourtant, on trouve toujours le moyen d'en contourner l'esprit.

En primeur alors, comme réponse à la question, ma chronique qui sera publiée dans le Magazine Jobboom la semaine prochaine. Elle a été écrite il y a 2 semaines.



Ère éthique

Pour un beau yacht, c’en est tout un. «L’embarcation», comme l’ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino définit le joujou des Caraïbes de son «ami» Tony Accurso, c’est 125 tonnes de jacuzzi, de décors rehaussés de dorures, de marbre et d’une douzaine d’essences de bois.

Et 125 tonnes de preuve qu’éthiquement, tout dérape. La présence de Frank Zampino sur la pharaonique embarcation, comme celle du président de la FTQ Michel Arsenault, n’est en rien interdite. Et que dire de l’ancien ministre de la Santé Philippe Couillard, dont le nouvel employeur bénéficie des modifications apportées à la loi sur la santé au moment même où le ministre discutait avec l’entreprise concernée de son futur emploi? Là encore, le Commissaire au lobbyisme du Québec n’y a rien vu à redire. Toutes les règles ont été respectées.

Les dirigeants d’entreprise se versent des millions en primes tout en licenciant 10 employés ici, 10 autres là au nom de la saine gestion, c’est la norme.

Cela clôt le débat? Pas une miette! Au contraire, le problème reste entier : nous sommes devant des manques d’éthique intenables. Qui ne se limitent pas seulement aux cas mentionnés, mais qui s’observent dans tous les milieux de travail. Tous les coups sont permis, pourvu que rien ne les interdise.

On nage dans la confusion la plus visqueuse qui soit. Entre déontologie et éthique, on a tendance à croire que les deux se valent, sauf que la première est un peu moins sucrée que la seconde. Or, ce n’est pas le cas. La première permet de sanctionner les malfrats, la seconde, de vivre ensemble.

Depuis le début de la crise économique, les appels en vue d’obtenir plus de régulation du travail des financiers fusent. Comme il y a quelques années, les fraudes monumentales d’Enron et de Nortel ont permis de renforcer la déontologie comptable. Mais cela n’a pourtant pas empêché les scandales et les crimes économiques de se succéder au même rythme qu’avant.

Alors, quoi? Ce n’est pas le manque de règles et de lois qui fait défaut, nous avons même atteint des niveaux de régulation d’une sophistication inouïe. C’est le défaut d’une culture éthique, chez les commis d’entrepôt comme chez les membres de conseils d’administration de multinationales et les ministres. Chez Enron, comme dans l’entourage de Vincent Lacroix et de Bernie Madoff des gens savaient, mais se taisaient. La dénonciation est venue lorsque ces aventures se sont mises à mal tourner.

Sherron Watkins, l’employée à l’origine de la dénonciation chez Enron, a travaillé dans les bureaux de la compagnie pendant 11 ans avant de faire éclater le scandale. Tout le temps qu’Enron engrangeait une fortune illégalement, elle n’a rien dit. Mais quand l’entreprise a commencé à perdre de l’argent, elle a parlé.

Devant des cas flagrants de crimes économiques, Sherron Watkins s’est tue. Ainsi, son jugement moral lui a dit que c’était tolérable tant que son intérêt personnel était préservé.

Qu’on en soit à verser des primes représentant 120 % du salaire des traders de la Caisse de dépôt – et chez des courtiers de firmes privées – pour qu’ils atteignent les meilleurs rendements possible, ça démontre qu’on ne compte plus sur leur éthique dans l’exercice de leur job. Ils ont un salaire pour faire un job : faire fructifier nos avoirs au maximum, sans en risquer l’essentiel. Mais on leur offre en plus des primes pour faire exactement la même chose. Devant une possibilité de revenus de 120 000 $ de plus, ils ont joué du PCAA en veux-tu, en v’là… Avec de telles primes à la clé, ce n’est plus la recherche du bien commun qui alimente leurs actions, mais la possibilité d’un gain personnel. Et dans ce cas-ci, largement au détriment du bien commun.

Autre preuve que l’éthique a foutu le camp, ce sont toutes les nouvelles lignes info-dénonciation anonyme que l’on trouve dans bien des entreprises. Elles n’ont rien d’un outil éthique, malgré les apparences, c’est même tout le contraire. Ces systèmes étaient des outils privilégiés par les régimes soviétiques et la Gestapo. L’ombudsman de la Ville de Montréal condamne la ligne antifraude annoncée par le maire Gérald Tremblay. «Il faut faire très attention de ne pas faire la promotion d’une culture de suspicion et de délation : ça nuit beaucoup à la qualité du milieu du travail», a déclaré Johanne Savard. Suspicion, délation, autant de fientes qui sont tout sauf éthiques, bénies par l’employeur dans ses milieux de travail.

En attendant une ère éthique, méfiez-vous de votre prochain.



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Commentaires:

Commentaire de: antoine pierpont
Vous avez tout à fait raison de dénoncer la multiplication de ces manquements à l'éthique, à un respect minimal de l'autre et de l'argent des autres.

Il y a toutefois un fait qui me gêne, malgré les fraudes inimaginables commises par les "gens d'affaires", le secteur ""privé"" (à coups de centaines de millions , voire de milliards de $ ...ex: Madoff )

et bien ce sont les hommes politiques et le public qui écopent davantage au niveau de la confiance.....

Comme vous le soulignez aussi le bien commun a cédé la place à la recherche du profit personnel avant tout... ("greedy"", cupidité) à mon avis tout cette cupidité et recherche du bien personnel avant le bien commun,
des droits individuels avant les droits collectifs... va de pair avec le triomphe de la Charte des droits qui fait passer le droit de l'individu avant celui de la collectivité... qui fait passer le multiculturalisme avant la culture nationale... le nouvel arrivant à tous les droits... pas question que la collectivité qui l'accueille lui demande de s'intégrer, de respecter une langue commune, de respecter le statut accordé aux femmes dans cette nation.... etc...

il y a un "esprit du temps" où l'individu à tous les droits et le "collectif" tous les torts... tentez de construire une société avec cela....


Permalien 2009-05-08 14:00:24
Commentaire de: clement goulet
antoine a raison avec son commentaire; BRAVO.
La charte est interprété pour manipuler la grande majorité du peuple au détriment de quelques individus; complètement illogique. Je crois qu'à la création de cette charte, on pensait que ce serait le contraire. Cette charte (créature de Trudeau) devrait être aboli ou modifié car on s'en va sur le diable avec ca.

Nos politiciens, de par l'essence même de leur job, doivent être honnêtes et intègres à 100%. A voir leurs agissements et leurs manques d'éthique; ils ne sont pas mieux que les autres humains, pire parfois. C'en est pathétique.
Permalien 2009-05-08 17:59:04
Commentaire de: Gilles Tremblay
Excellente réflexion sur la multiplication des manques à l'éthique.

Au delà des vols purs et simples perpétrés aux plus hauts niveaux, des magouillages dans l'attribution des contrats, et des règles gouvernementales tellement flexibles qu'on s’interroge à savoir si elles en sont, voilà qu'on se demande s’il ne s'agirait pas que de la pointe de l'asperge, comme dirait l'autre.

La réflexion est justifiée, il n’y a pas à en douter. Mais n’allons pas trop vite en besogne; ce dont il est question depuis quelques semaines, c’est de l’éthique au plus haut niveau de la société. Pas des commis d’entrepôt ou des livreurs de pizza. Ceux qui dirigent ont davantage de responsabilités car, étant sous les feux de la rampe, ils projettent l’image de la société dans laquelle nous vivons. Et on ne me fera pas avaler l'idée qu'ils ont besoin d'un commisaire à l'éthique pour savoir reconnaitre une activité illégale ou immorale. Ne sont-ils pas les plus brillants de notre société? En tout ca, ils s'en vantent régulièrement...

Si les simples citoyens ont l’impression de se faire organiser par les élus, les dirigeants d’entreprise et la haute fonction publique, difficile d’espérer qu’ils demeurent intègres à leur tour.

C'est curieux, mais ça me rappelle la fable de Jean de LaFontaine « Les animaux malades de la peste ». Reste à espérer que, comme dans la fable, ce n'est pas l'âne qui va payer pour tous les autres.

En tout cas, j'imagine que tout le monde a droit à la rédemption.....
Permalien 2009-05-09 07:49:00
Commentaire de: Jean Delisle
Il y a 33 ans le PQ est venu au pouvoir alors que l'honnêteté et l`intégrité des Libéraux de l'époque étaient fortement mises en doute surtout à cause du patronage qui était la norme de l'époque. Le PQ avait fait le ménage dans tout ce gratin de patroneux sous le thème «gouvernement responsable».

Tant qu'aux libéraux fédéraux ils ont été jusqu'à frauder le gouvernement et la population en rajoutant par dessus le scandale des commandites.

Faut-il s'étonner que la même «norme libérale» de «roger bon temps» soit appliqué dans les FIER, à la ville de Montréal et dans les syndicats ? Pas du tout.

Plus ça va, plus c'est pareil.
Permalien 2009-05-11 08:18:15

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Éric Grenier est chroniqueur et rédacteur en chef du Magazine Jobboom.

eric.grenier@jobboom.com
514-871-0222, poste 2287.
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