Archives pour janvier 2012

52 000 emplois disponibles

- 24 janvier 2012

52 000. C’est le nombre de postes vacants qui étaient en attente de la perle rare l’automne dernier au Québec, au moment où le chômage affichait une forte poussée, nous indique ce matin Statistique Canada. Cela dit, c’est bien peu pour satisfaire tous les chômeurs, au nombre de plus ou moins 370 000 en décembre dernier.

D’autant plus que tous les sans-emplois d’aujourd’hui ne peuvent occuper de toute façon chacun de ces postes, n’ayant pas les qualifications nécessaires. Aller décrocher un bac, ou même une technique de cégep à 45 ans, c’est plus facile à ordonner dans un blogue qu’à faire dans le monde réel. Et même si certains pouvaient en effet obtenir les qualifications requises, tous n’ont pas, non plus, les aptitudes pour exercer certains métiers.

Par exemple, il serait très mal avisé, au nom de la sécurité publique, de me transformer en opérateur de grue, si d’aventure j’avais à me réorienter professionnellement. Il arriverait ceci, probablement.

La conduite de grue, étant par ailleurs, une des formations qui risque de faire écarquiller quelques yeux, lors du lancement de notre palmarès annuel des Carrières d’avenir, édition 2012, mardi prochain. À suivre.

Jean Charest s’inquiète, maintenant

- 20 janvier 2012

Pas que je veuille me vanter, mais on dirait que Jean Charest a tenu à faire ce que je lui réclamais la semaine dernière, après son abracadabrante expression d’indifférence à l’égard des dizaines de milliers de Québécois qui ont perdu leur emploi depuis un an. Rappelons-nous, il se disait particulièrement heureux pour ses chiffres contenus dans ses rapports, mais n’avait soufflé mot pour tous les chômeurs absents de ses belles statistiques.

Voilà qu’hier, gros show de boucane, avec en sa présence toutes les têtes d’affiche économiques de son cabinet, histoire de nous raconter que non, non, lui et son gouvernement sont bien conscients de la situation du marché de l’emploi, malgré l’impression laissée une semaine auparavant.

C’est juste qu’il a en donné plus que le client en demandait. Ce dernier voulait juste un peu de compassion, pas des remises en service d’«équipes de vigilance», whatever à quoi ça peut bien servir. Bon, si ça peut au moins stimuler l’industrie du canapé, ça sera ça de gagné. Pour le reste, une partie du déni demeure, puisque le premier ministre ne s’en tient qu’aux statistiques des trois derniers mois, alors que la situation est préoccupante, notamment pour l’emploi à temps plein, depuis un an environ. Le taux de chômage en décembre 2010 était de 7,5%, puis a atteint 7,9% en juin 2011, avant de monter jusqu’à 8,7% en décembre 2011.

Le piratage détruit-il des emplois?

- 17 janvier 2012

Demain sera jour de grève dans le web, avec la fermeture pour 24 heures de grands sites réputés, notamment Wikipedia et Boing Boing. Ce geste inusité est provoqué par un projet de loi contre le piratage en ligne, proposé par la Chambre des représentants du gouvernement américain (l’équivalent de notre Chambre des Communes). De nombreuses grandes pointures de l’Internet, comme les fondateurs de Wiki, de Google, d’eBay, Yahoo! et Twitter craignent que les dispositions de cette loi, si elle est adoptée, pavent la voix à censure d’Internet par les autorités américaines, en plus de donner trop de pouvoir aux grands studios hollywoodiens.

Les élus à l’origine de la loi rétorquent que cette loi est nécessaire afin de protéger les emplois des centaines de milliers d’Américains. Ils avancent même un chiffre: le piratage en ligne a fait perdre plus de 750 000 emplois aux États-Unis seulement, en plus de coûter quelque 250 milliards de dollars à l’économie américaine.

Comme c’est souvent le cas lors de statistiques citées par des politiciens, il y aurait bien peu de vérité derrière ces chiffres trop facilement admis comme vérité de La Palice. Selon un blogue du Cato Institute, un organisme de réflexion dédié à la libre entreprise, le Vérificateur général des États-Unis affirme qui lui est parfaitement impossible de valider les statistiques citées par les élus et les lobbys d’Hollywood, tant les sources et la méthodologie font cruellement défaut.

Alors d’où viennent ces chiffres? Selon l’auteur de ce blogue, après d’âpres recherches, les 750 000 emplois proviennent d’un discours du Secrétaire au commerce énoncé en… 1986! Il s’agit bel et bien de l’année de la Coupe Stanley surprise du Canadien, des valises rouges des sÅ“urs Lévesque, de l’élection de Jean Doré à la mairie de Montréal et du début des négos constitutionnelles du Lac Meech.(Merci Wiki pour cet aide-mémoire…) On comprend alors qu’il ne pouvait s’agir du piratage dans Internet, mais plutôt de l’ensemble de l’industrie de la contrefaçon, notamment très productive dans certaines rues de New York. Quant au 250 milliards de dollars, le chiffre date de 1991, et représente une estimation là aussi de l’ensemble de la valeur des biens de contrefaçon.

Or, quand une loi est basée sur une prémisse aussi fausse, il y a de bonnes chances que
1-Elle est franchement mal foutue;
ou
2-Elle a un tout autre objectif inavoué que celui annoncé.

Dans le cas de la statistique sur les emplois, l’erreur méthodologique est encore plus fragrante, puisque, même en admettant la très improbable théorie qu’une vente ratée à cause d’un disque piraté coûte effectivement un emploi, l’argent épargné par le pirate sera de toute façon dépensé ailleurs, créant dans cet ailleurs, un emploi. Je dis la «très improbable théorie», puisque, comme le souligne l’auteur du blogue, un grand nombre de pirates n’ont, de toute façon, pas les moyens d’acheter tout ce qu’ils piratent. Autrement dit, même avec des systèmes anti-piratage hypersophistiqués, il n’en résulterait pas tellement plus de ventes.

Charest, les riches: nouvelles des déconnectés

- 12 janvier 2012

Des magasins ferment, des usines se vident au même rythme que le contenu des banques alimentaires, d’honnêtes travailleurs essoufflés à s’être échinés toute une vie pour accumuler un pécule, doivent maintenant y renoncer sous la menace insolente d’un grossier PDG

Et que voit Jean Charest? Tous les signaux économiques au Québec sont au vert! C’est, mot pour mot, sa s-t-u-p-é-f-i-a-n-t-e réaction, émise hier, à propos de la hausse fulgurante du chômage au Québec ces derniers mois. «Les trois derniers mois n’ont pas été bons… Mais ce n’est pas une tendance… Les autres indicateurs économiques sont relativement bons», affirment-ils, en s’appuyant sur le plus récent bulletin économique de la Banque du Canada.

Hello!!!???!!! Sortez la tête de vos rapports, M. Charest, et allez vous promener hors des aéroports et de votre bunker, grand dieu! D’abord, 3 mauvais mois, c’est quoi si ce n’est pas une tendance? Ça fait 1 an et demi que je démontre ici, chiffres à l’appui, que le marché de l’emploi au Québec est totalement enrayé. Ça stoppé net, frette, sec en juillet 2010, puis faute de pouvoir, la machine s’est mise à reculer depuis le début de 2011, avant de s’emballer à reculons.

En janvier 2012, il y a 35 000 Québécois de plus au chômage (dont un bon nombre, au moins la moitié, n’ont droit à aucune prestation de l’assurance-emploi) qu’en janvier 2010, et 50 000 de plus qu’en janvier 2011.

Mais les indicateurs des tableaux et graphiques détaillant les courbes de croissance du PIB par industrie en données désaisonnalisées en dollars constants sous le modèle des prix de base par parité, eux sont bons.

J’ai pas parlé à tous les Québécois, mais je crois deviner que, ce qu’ils veulent, c’est de la job, par un PIB croissant. Vous me direz qu’il faut un PIB croissant pour avoir de la job, vous avez parfaitement raison, mais le problème, présentement, est que, même si le PIB augmente, les Québécois ne travaillent pas plus. Ne gagnent pas plus. Et s’endettent, pour maintenir ce PIB par industrie en données désaisonnalisées en dollars constants sous le modèle des prix de base par parité, en croissance.

Je crois aussi qu’ils ne s’attendent pas que vous fassiez grand-chose pour eux, la moindre serait à tout le moins de ne pas nuire à l’économie, mais au moins, ils s’attendent à un peu plus de déférence de votre part vis-à-vis leurs problèmes et leurs inquiétudes.

Tiens, parlant de déconnectés du mon réel, la bande de multimilliardaires et leurs vassaux qui s’offrent chaque année du bon temps dans la carte poste de Davos en Suisse, ont trouvé LE grand responsable de la situation chambranlante de l’économique mondiale : VOUS!

Si, si, comme nous l’apprend le Devoir, le Rapport sur les risques mondiaux du Forum économique mondial pointe du doigt la colère populaire comme menace à la croissance économique mondiale, en particulier celle des gens ordinaires de l’Occident. Les gens perdent leur emploi, leurs économies de toute une vie sont transférées dans les poches de spéculateurs, ils travaillent toujours plus fort quand ils ont un emploi, un effort qui crée sans cesse plus de richesse, dont ils ne profitent jamais.

(Aparté : Ce qui permet à certains vassaux, genre des économistes de l’Institut économique de Montréal, d’affirmer qu’il n’y a aucun problème à ce que les riches s’accaparent la totalité de la richesse supplémentaire, dans la mesure où personne n’y perd au change. Avec de pareilles inepties, on voit mal comment ces éconos-là réussiraient un cours de Philo 101 du cégep avec succès. Ok, on retourne en deuxième année du primaire d’abord : vous cueillez trois pommes par jour, le boss vous en laisse une, garde les deux autres pour vous. Vous augmentez votre cadence et en cueillez maintenant 5 par jour. Le boss vous en laisse une, et garde les 4 autres pour lui. Vous êtes-vous appauvri? Ben non, alors, il est où le problème? Faque, fermez-la… Fin de l’aparté)

Et là, on s’étonne de leur mauvaise humeur. Pire, on leur demande de gagner leurs chaumières et de laisser faire les grands. Ils n’ont rien appris de 2007.

Indice Jobboom: un rebond de l’emploi bientôt?

- 10 janvier 2012

Que vous avait prédit l’Indice Jobboom de décembre dernier? Il semble que nos très pessimistes prévisions se sont malheureusement matérialisées, avec la sortie vendredi dernier des plus récents chiffres sur l’emploi de Statistique Canada. La mauvaise nouvelle n’est pas tant que 26 000 emplois ont été perdus en décembre dernier au Québec, mais que 35 000 jobs à temps plein ont été détruits, tandis qu’un certain nombre d’autres à temps partiel ont été créés.

En fait, comme l’Indice l’annonçait depuis le début de l’été 2011, le Québec était mûr pour une sale période en matière d’emploi, avec les chutes aussi spectaculaires que consécutives de l’Indice. Résultat: le marché de l’emploi québécois vient de connaître sa pire période de deux mois en 30 ans. C’est-à-dire lors de la récession de 1981-82, la pire à avoir frappée le Canada depuis la Dépression des années 30. C’est pas rien.

Comme une mauvaise arrive toujours accompagnée, la sortie aujourd’hui du nouvel Indice Jobboom pour janvier ajoute à la morosité: l’ancien record de 38,5 pour le Québec, –  jeune d’un seul mois et qui nous a donné cette pire période de deux mois –  est de nouveau battu avec une déplaisante note de 26. Cela nous permet de dire sans trop se tromper qu’il n’a jamais été si difficile de se trouver du boulot au Québec depuis 2006, c’est-à-dire depuis le début de l’Indice Jobboom. Plus encore que pendant la récession de 2007-2008. Tous les secteurs d’emplois, ou presque, affiche une mine déconfite. Plan Nord ou pas…

COMBO_JAN2012

La mauvaise nouvelle n’est pas seulement accompagnée d’une autre, mais elle vient aussi avec une bonne, du moins potentiellement. Ce score de 26 laisse présager un certain plancher d’emplois. En effet, la baisse de l’Indice entre janvier par rapport est nettement moins prononcé que celle de décembre. Il est donc possible que l’avion du marché de l’emploi a cessé de piquer du nez et qu’on assistera à un redressement de l’appareil.  Une création d’emplois pour le prochain trois mois, probablement modeste par rapport aux dizaines de milliers de postes détruits au cours des derniers mois, est envisageable.  C’est donc à suivre. Seule ombre au tableau : le début d’hiver record en terme de chaleur et de manque de neige (sauf au Lac-Saint-Jean, où la manne blanche est abondante cette saison) pourrait affecter l’emploi touristique, en particulier en Estrie où décembre a plus ressembler à octobre.

Pendant ce temps chez nos voisins ontariens, même s’ils profitent d’une belle création d’emplois depuis quelques temps, le marché de l’emploi ne prend pas encore suffisamment de tonus pour recouvrer la santé affichée avant la récession, et soutenir l’augmentation de la population active. Mais au moins, la bonne direction est là.

L’Indice Jobboom est une prévision de la force de l’emploi pour le mois courant, calculée par rapport aux dix dernières années. Plus l’Indice est fort, c’est-à-dire près de 100 %, plus le marché de l’emploi est favorable. À moins de 50, il est «défavorable». Entre 50 et 75, c’est «passable». Entre 75 et 90, il est «favorable», alors qu’à plus de 90, il est «excellent».