Les économistes Pierre Fortin (souvent interviewé dans le Magazine Jobboom) et Luc Godbout sont à la gauche ce qu’André Pratte est aux indépendantistes. Forcément de l’autre côté de la clôture, mais pas maladivement. On ne peut donc certainement pas les qualifier de gogo-gauchistes.
Je fais cette mise au point pour tuer dans l’Å“uf toute tentative d’abattage du messager. Car depuis hier, ils sont les porteurs d’un message: contrairement à ce qu’on croit, les garderies à 7$ ne ruinent pas les finances publiques. C’est même l’inverse. Non seulement l’État «entre dans son argent» comme on dit à la maison, mais en plus, il en tire un profit, tout en permettant à un autre gouvernement, canadien celui-là , d’économiser des sommes importantes au Québec. Pas un profit philosophique. Un vrai de vrai, comme dans chaque 100$ investi dans le programme des garderies, l’État québécois en reçoit 104$ en rentrées fiscales.
Alors, peut-on cesser de s’autoflageller au nom de l’Alberta, qui, selon de bonnes âmes (comme celle-ci, de mon propre empire), nous finance, par le biais du système de péréquation, nos programmes chromés? Il n’y a pas une maudite cenne des Albertains qui va aux garderies. Ça s’autofinance avec l’argent des Québécois, point à la ligne.
Parlant de la péréquation et de ses mythes, l’Alberta ne se saigne pas pour quiconque. La péréquation, c’est le gouvernement fédéral qui transfert de l’argent à certains gouvernements provinciaux afin de s’assurer que tous les Canadiens aient droit à un minimum égal de couverture sociale. L’État canadien assure un minimum à tous, libre ensuite aux provinces d’en rajouter une couche à leur frais.
Certes, des contribuables ont plus de revenus que d’autres. Ils paient davantage d’impôts au gouvernement canadien. Dans certaines provinces, il y a plus de contribuables à haut revenu. Et c’est là qu’on fait un raccourci sophistique bébête: comme les salaires sont plus élevés en moyenne en Alberta (notamment et surtout à cause de la poussée inflationniste provoquée par la pénurie de main-d’œuvre dans les champs pétrolifères), les citoyens albertains contribuent, indirectement, davantage au programme de la péréquation. Mais les contribuables québécois aussi, participent au financement de ce programme. Comme le programme coûte annuellement 15 milliards de dollars, que le Québec représente environ 23% des revenus autonomes du gouvernement fédéral, les Québécois – les individus québécois, pas le gouvernement québécois – paient donc 23% du programme, soit plus de 3,6 milliards de dollars.
Si le Québec a des programmes sociaux plus généreux que certaines autres provinces (mais pas tant que ça, hormis le fameux programme des garderies, unique), ce n’est pas parce qu’il reçoit de la péréquation (environ 7 milliards, en 2012-2013). C’est parce qu’il taxe plus ses citoyens que toutes les autres provinces. L’État québécois siphonne plus de 1000$ de plus par habitant dans les poches de ses propres contribuables que les autres provinces ne le font. Donc, ce surplus de services, on se le paye, pas les Albertains. Dans le cas des garderies, non seulement on se le paye, mais on en tire aussi tous les bénéfices, comme le démontre l’étude de Fortin et Godbout.
Le gouvernement du Québec bénéficie du système de péréquation. Comme une MAJORITÉ de provinces. Six sur 10, en fait. Le gouvernement de l’Ontario recevra cette année plus de 3 milliards en péréquation.
Et quelle province bénéficie le plus de la péréquation?
Le Québec? Non, puisque sur les six provinces de tous-nus, comme on aime le laisser entendre en Alberta, le Québec est au cinquième rang! Car, par habitant, c’est l’ÃŽle-du-Prince-Édouard qui arrive en tête, avec des revenus de péréquation de plus de 2500$ par habitant. Le Québec, avant-dernier parmi les bénéficiaires, obtient autour de 1000$ par habitant, et l’Ontario un peu plus de 350$.
Ceci établi, reste que le Québec reçoit de la péréquation. C’est l’équivalent du BS fédéral. Ce gouvernement fédéral, donc, bien prompt à assister socialement la province du Québec, mais y investir? Là -dessus, les contribuables québécois n’en ont pas du tout pour leur argent. De toutes les provinces, le Québec est l’avant-dernière destination pour les investissements et immobilisations de l’État fédéral, cet argent nettement plus constructif économiquement, que l’aide nécessiteuse aux pauvres de la péréquation. Le fédéral investit moins d’un milliard de dollars par année au Québec. C’est l’Alberta la moins choyée par habitant, avec à peine 287 millions en 2009, pour 3,7 millions d’habitants (contre 8 millions d’habitants). Cela n’inclut pas, par contre, le 1,1 milliard de dollars en subventions qu’accorde chaque année le gouvernement fédéral aux pétrolières afin de développer les sables bitumineux albertains. Tandis que le développement minier et hydroélectrique du Québec ne reçoit rien, nada (contrairement à l’hydroélectricité terre-neuvienne). De toutes les provinces, il n’y a que le Québec, l’Alberta, et la Colombie-Britannique qui reçoivent une part moindre des investissements fédéraux que leur part de la population canadienne ne devrait l’autoriser.
Que les Albertains soient d’éternels braillards, c’est ainsi, mais qu’on cesse, ici au Québec, d’être le porte-voix de leurs mensonges. Ça fait ti-Québec.