Archives pour avril 2012

Augmentations salariales

- 27 avril 2012

Johnston
Un homme enfin payé à sa juste valeur (Photo: QMI)

Il y a peu, les contribuables canadiens découvraient avec stupeur que le représentant dans la Reine au Canada ne payait pas d’impôt sur ses importants émoluments en échange de bons et loyaux services. Au nom d’une certaine justice fiscale, le ministre des Finances fédéral Jim Flaherty a décrété dans son budget 2012 que dorénavant, le GG allait payer de l’impôt.

Mais pour lui éviter l’indigence que lui procurerait son nouveau statut de contribuable à revenus élevés (on vit dans un pays socialiste, après tout), le gouvernement Harper a du coup haussé son salaire de 137 000$.

Ce matin, sur les ondes du 98,5 FM à l’émission matinale de Paul Arcand, le député néodémocrate Alexandre Boulerice dénonçait avec vigueur cette hausse, notamment en demandant: «En connaissez-vous beaucoup des Canadiens qui ont vu leur salaire augmenté de 137 000$ cette année?»

Ce qui nous a apporté à la meilleure blague du jour. Des auditeurs sagaces ont répondu par courriel à la question de Boulerice: «Oui, la plupart des nouveaux députés néodémocrates du Québec!» Allez, souriez, on en a besoin, et c’est vendredi.

Jean Charest et sa blague: les vraies victimes

- 24 avril 2012

Petite réflexion de ma collègue Christine Lanthier et de moi-même, à propos de la blague de Jean Charest au Salon Plan Nord, vendredi dernier, dont je tiens à partager avec vous: ceux qui ont vraiment raison de ne pas la trouver drôle, ce ne sont ni les étudiants, ni les manifestants, ni les Québécois dans l’ensemble, mais les dizaines d’employeurs présents à cette foire d’emploi.

Ils se fendent le c… à la fendeuse à bois de chauffage pour vanter les mérites, les joies et les plaisirs d’une carrière dans le Grand Nord, et là, en pleine face, au milieu d’un événement de promotion de leurs offres d’emploi, le premier ministre vient caricaturer le travail dans cette région en Goulag pour protestataires étudiants.

Si j’étais, disons, un entrepreneur abitibien spécialisé en forage, que je peine à trouver des foreurs prêts à s’expatrier au pays d’Agakuk parce qu’ils croient à tort que la Syrie c’est encore plus hospitalier que Kujjuuak, j’aurais bien le goût de lui suggérer de se forer le foret de ma foreuse où ça lui tentera. Mais je ne le suis pas.

Ze blague:

Travail forcé à l’assurance-emploi?

- 20 avril 2012

Vous êtes, disons, un informaticien, ou un commis-comptable, ou encore un soudeur. Pour X ou Y raison, vous perdez votre emploi: votre employeur fait des mises à pied (comme le gouvernement fédéral), il fait faillite (comme Aveos) ou encore déménage la production de l’usine dans laquelle vous travaillez à ses installations mexicaines (comme Mabe).

Vous avez cotisé toute votre vie à l’assurance-emploi, vous vous attendez donc à pouvoir bénéficier de ce régime d’assurance, le temps de vous retrouver un emploi dans votre domaine, ce qui peut prendre plusieurs semaines.

Mais aux yeux du ministre fédéral de l’Immigration, Jason Kenney, cotiser n’est plus suffisant pour recevoir le chèque d’assurance-emploi. Il faudra, à l’avenir, aussi accepter sans discussion d’aller travailler au champ, 10 heures par jour, six jours par semaine, au salaire minimum. Car si vous avez le malheur d’habiter une région où il y a une forte concentration de travailleurs étrangers saisonniers, comme la Rive-Sud de Montréal, le ministre croit que c’est vous, l’informaticien, le commis-comptable ou le soudeur, qui devriez se plier en quatre pour arracher du sol brocolis, choux, fraises et autres beaux cadeaux de notre belle terre arable. Pas le Guatémaltèque ou le Mexicain de passage.

C’est du moins le projet qu’il caresse, et avoué au quotidien torontois National Post. Bizarrement, cette nouvelle n’est apparue dans aucun média francophone. Je le partage donc avec vous.

Je vous pose alors la question: si vous êtes dans la situation décrite plus haut, accepteriez-vous d’être forcé (excusez pour le paradoxe) d’aller travailler au champ, plutôt que de chercher un nouveau boulot dans votre secteur d’activité? Est-ce juste, à votre avis? Avant de répondre, je vous invite à prendre en considération les éléments suivants:

- L’assurance-emploi n’est pas un programme de dépense du gouvernement; c’est un régime d’assurance (comme votre assurance auto, ou maladie, ou de maison) financé à 100% par les travailleurs et les employeurs. Par exemple, votre maison brûle, votre assureur la remplace au prix de sa valeur. Il ne vous force pas à habiter un taudis, sous le prétexte que de remplacer votre maison coûte trop cher aux autres assurés.

- Les travailleurs immigrants dans nos campagnes sont devenus essentiels à la production agricole, parce que le travail a changé; nos producteurs maraîchers produisent considérablement plus, les fermes sont nettement plus grosses, de sorte que la main-d’Å“uvre autrefois nécessaire, qui se trouvait dans la famille même, n’est plus suffisante. Trouver des dizaines d’ouvriers disponibles sans faille pour une période extrêmement courte et précise est devenu une manière incontournable de fonctionner pour nos grandes entreprises agricoles. Embaucher un par un ses employés agricoles, les remplacer au fur et à mesure qu’ils quittent à mesure qu’ils se trouvent un vrai job ailleurs, ce n’est pas l’idéal pour les agriculteurs, dont le service «clé en main» de la main-d’œuvre étrangère facilite grandement la gestion.

- Seulement 43% des vrais chômeurs – des travailleurs sans emploi qui s’en cherchent un et qui ont cotisé à l’assurance-emploi – ont droit d’obtenir aux prestations, selon les dernières statistiques à ce sujet. Le reste – 57 % -, n’ont pas droit pour une foule de raison, dont un nombre d’heures de travail insuffisantes dans la dernière année.

- À ce que j’en comprends, le ministre de l’Immigration ne trouve pas que les chômeurs abusent de l’assurance-emploi. C’est juste que le programme permettant aux travailleurs étrangers de venir au Canada est embourbé par l’omniprésence des ouvriers agricoles, ce qui retarde de beaucoup le traitement des demandes des travailleurs étrangers hautement qualifiés invités à venir travailler au Canada par des employeurs d’ici. Il cherche un moyen d’accélérer le processus pour ces derniers.

Ainsi, vous l’informaticien, le commis-comptable ou le soudeur nouvellement chômeur, accepteriez-vous d’aller aux champs ramasser des brocolis afin de permettre aux entreprises canadiennes de faire venir chez elle des travailleurs étrangers hautement qualifiés nécessaires au développement de leurs affaires plus rapidement?

Soyez utiles les étudiants, aidez les ex d’Aveos

- 17 avril 2012

“C’est une insulte après l’autre.” Cette citation de l’article concernant le nouvel épisode de la saga d’Aveos résume à merveille ça qu’on fait subir aux travailleurs licenciés de cette entreprise. Imaginez, cinq siècles et deux nuits après la fermeture sauvage de ce rejeton d’Air Canada, ils n’ont toujours pas reçu leur relevé d’emploi, essentiel en temps normal pour obtenir des prestations d’assurance-emploi. Et quelque part, un idiot de sévices à Service Canada à eu la bonne initiative de leur envoyer une lettre dans laquelle il leur exige ce relevé, parce que là, ils font plutôt preuve de mauvaise foi et que c’est pas bon pour l’analyse de leur demande!

Heille, les étudiants! Voilà un exemple pourquoi certains commentateurs vous traitent de privilégiés: voici des gens sans diplôme universitaire, mais avec des qualifications tout de même assez sophistiquées, mais difficilement transposables dans un autre boulot. Or, il est prouvé qu’un diplôme universitaire protège davantage du chômage, qu’en cas de perte d’emploi, un diplômé universitaire à nettement plus de chance de se retrouver du boulot après un licenciement.

Alors, si vous voulez vraiment faire Å“uvre utile, plus en tout cas que de faire des bêtises, allez manifester aux côtés de ces gars et filles, qui méritent tout notre appui (transparence: Jobboom a répondu à une demande d’une ancienne employée afin qu’on leur dépêche une conseillère en orientation et des tonnes de documentation sur la recherche d’emploi lors d’une foire de l’emploi tenue il y a deux semaines).

Et puis, mettez vos talents et acquis au travail afin qu’on sache qui est le trouduc de classe mondiale qui le pouvoir de faire émettre ses foutus relevés d’emploi, mais qui se pogne royalement le beigne dans un confort indécent.

L’Alberta ne nous paye pas nos garderies, ok, là?

- 13 avril 2012

Les économistes Pierre Fortin (souvent interviewé dans le Magazine Jobboom) et Luc Godbout sont à la gauche ce qu’André Pratte est aux indépendantistes. Forcément de l’autre côté de la clôture, mais pas maladivement. On ne peut donc certainement pas les qualifier de gogo-gauchistes.

Je fais cette mise au point pour tuer dans l’Å“uf toute tentative d’abattage du messager. Car depuis hier, ils sont les porteurs d’un message: contrairement à ce qu’on croit, les garderies à 7$ ne ruinent pas les finances publiques. C’est même l’inverse. Non seulement l’État «entre dans son argent» comme on dit à la maison, mais en plus, il en tire un profit, tout en permettant à un autre gouvernement, canadien celui-là, d’économiser des sommes importantes au Québec. Pas un profit philosophique. Un vrai de vrai, comme dans chaque 100$ investi dans le programme des garderies, l’État québécois en reçoit 104$ en rentrées fiscales.

Alors, peut-on cesser de s’autoflageller au nom de l’Alberta, qui, selon de bonnes âmes (comme celle-ci, de mon propre empire), nous finance, par le biais du système de péréquation, nos programmes chromés? Il n’y a pas une maudite cenne des Albertains qui va aux garderies. Ça s’autofinance avec l’argent des Québécois, point à la ligne.

Parlant de la péréquation et de ses mythes, l’Alberta ne se saigne pas pour quiconque. La péréquation, c’est le gouvernement fédéral qui transfert de l’argent à certains gouvernements provinciaux afin de s’assurer que tous les Canadiens aient droit à un minimum égal de couverture sociale. L’État canadien assure un minimum à tous, libre ensuite aux provinces d’en rajouter une couche à leur frais.

Certes, des contribuables ont plus de revenus que d’autres. Ils paient davantage d’impôts au gouvernement canadien. Dans certaines provinces, il y a plus de contribuables à haut revenu. Et c’est là qu’on fait un raccourci sophistique bébête: comme les salaires sont plus élevés en moyenne en Alberta (notamment et surtout à cause de la poussée inflationniste provoquée par la pénurie de main-d’œuvre dans les champs pétrolifères), les citoyens albertains contribuent, indirectement, davantage au programme de la péréquation. Mais les contribuables québécois aussi, participent au financement de ce programme. Comme le programme coûte annuellement 15 milliards de dollars, que le Québec représente environ 23% des revenus autonomes du gouvernement fédéral, les Québécois – les individus québécois, pas le gouvernement québécois – paient donc 23% du programme, soit plus de 3,6 milliards de dollars.

Si le Québec a des programmes sociaux plus généreux que certaines autres provinces (mais pas tant que ça, hormis le fameux programme des garderies, unique), ce n’est pas parce qu’il reçoit de la péréquation (environ 7 milliards, en 2012-2013). C’est parce qu’il taxe plus ses citoyens que toutes les autres provinces. L’État québécois siphonne plus de 1000$ de plus par habitant dans les poches de ses propres contribuables que les autres provinces ne le font. Donc, ce surplus de services, on se le paye, pas les Albertains. Dans le cas des garderies, non seulement on se le paye, mais on en tire aussi tous les bénéfices, comme le démontre l’étude de Fortin et Godbout.

Le gouvernement du Québec bénéficie du système de péréquation. Comme une MAJORITÉ de provinces. Six sur 10, en fait. Le gouvernement de l’Ontario recevra cette année plus de 3 milliards en péréquation.

Et quelle province bénéficie le plus de la péréquation?

Le Québec? Non, puisque sur les six provinces de tous-nus, comme on aime le laisser entendre en Alberta, le Québec est au cinquième rang! Car, par habitant, c’est l’ÃŽle-du-Prince-Édouard qui arrive en tête, avec des revenus de péréquation de plus de 2500$ par habitant. Le Québec, avant-dernier parmi les bénéficiaires, obtient autour de 1000$ par habitant, et l’Ontario un peu plus de 350$.

Ceci établi, reste que le Québec reçoit de la péréquation. C’est l’équivalent du BS fédéral. Ce gouvernement fédéral, donc, bien prompt à assister socialement la province du Québec, mais y investir? Là-dessus, les contribuables québécois n’en ont pas du tout pour leur argent. De toutes les provinces, le Québec est l’avant-dernière destination pour les investissements et immobilisations de l’État fédéral, cet argent nettement plus constructif économiquement, que l’aide nécessiteuse aux pauvres de la péréquation. Le fédéral investit moins d’un milliard de dollars par année au Québec. C’est l’Alberta la moins choyée par habitant, avec à peine 287 millions en 2009, pour 3,7 millions d’habitants (contre 8 millions d’habitants). Cela n’inclut pas, par contre, le 1,1 milliard de dollars en subventions qu’accorde chaque année le gouvernement fédéral aux pétrolières afin de développer les sables bitumineux albertains. Tandis que le développement minier et hydroélectrique du Québec ne reçoit rien, nada (contrairement à l’hydroélectricité terre-neuvienne). De toutes les provinces, il n’y a que le Québec, l’Alberta, et la Colombie-Britannique qui reçoivent une part moindre des investissements fédéraux que leur part de la population canadienne ne devrait l’autoriser.

Que les Albertains soient d’éternels braillards, c’est ainsi, mais qu’on cesse, ici au Québec, d’être le porte-voix de leurs mensonges. Ça fait ti-Québec.