
Deux avocats de la Commission Bastarache en mission humanitaire pour la recherche de la Vérité.
Nous sommes au Magazine Jobboom à vous préparer, pour notre prochaine édition, un reportage sur le monde de la télé et celui de certaines professions. S’il y a en ce moment une émission de téléréalité «professionnelle» qui cartonne autant que celle des Chefs (sur les chefs), c’est la Commission Bastarache, un genre de Big Brother sur le monde amusant des avocats. Des avocats qui accusent d’autres avocats, représentés par des avocats, dans une émission arbitrée par des avocats et animée par un avocat. Et je dirais même, chaque fois que je vois les bettes de Jean Lapierre et Bernard Roy à la télé, analysée par des avocats. Comme écosystème, on a déjà vu plus diversifié.
Et ce qui en ressort, c’est une honte à la profession. Par exemple, de la manière dont la procureure du gouvernement Suzanne Côté a traité le témoin Bellemare en début de semaine, il n’y a plus qu’un pas à franchir – et qu’on ne peut éviter de franchir – pour l’accuser d’être en service commandé pour le compte du citoyen Charest, plutôt que de représenter l’État comme l’en-tête de son chèque hebdomadaire l’indique. Mme Côté aurait eu avantage à imiter son collègue du Barreau, et à s’en tenir à la défense de son employeur officiel, en ce qui la concerne, l’État.
Le chef libéral et premier ministre Charest a déjà de toute façon devant cette «cour» de sa propre création, son défenseur, en Me André Dugas. Et le citoyen Charest, en celui d’André Ryan. Bref, elle est tellement mêlée dans tous ses pinceaux qu’elle confond désormais l’intérêt de l’État (donc, de vous et moi) à celui du parti Libéral et à celui de Jean Charest, l’individu. Des intérêts qui ne sont pas solubles les uns dans les autres, il va sans dire.
Jean Charest affirme la main sur le cœur que cette commission vise à s’assurer de la bonne crédibilité du système de nomination des juges. Ce qu’on constate, c’est davantage une stratégie militaire d’encerclement, par laquelle le citoyen Charest s’accorde tous les chapeaux possibles et imaginables afin de multiplier les fronts dans sa guerre personnelle contre le citoyen Bellemare. Aux frais des contribuables (si au moins, il en sortait un peu de sa poche…).
Il y a aussi toutes ces manigances procédurières de tous les clans, dont celui de Bellemare, qui vont rendre interminables les audiences de cette commission. Elles sont tout le contraire d’une saine gestion de la justice. Certains rétorqueront que la justice avec un grand J, ça n’a pas de prix.
Pourtant, une saine gestion n’est pas incompatible avec la justice. D’ailleurs, de plus en plus de juges, libérés de leur fardeau de représentation, mettent au pas quotidiennement leurs anciens camarades avocats qui ont toujours tendance à multiplier les procédures, et par le fait même, les heures facturables, tant devant les tribunaux civil, administratif que criminel.
Dans ce cas-ci, on n’est même pas au tribunal, mais seulement dans une commission d’enquête. Il n’y a pas à décider si on doit envoyer un prévenu à la potence. Et pourtant, à entendre les objections et les requêtes, les questions inutiles et répétitives de tous et chacun, on se croirait à Nuremberg en 46. Avec pour résultat, que les millions – vos millions – s’envolent comme feuilles à l’automne. Sans aucun mécanisme de reddition de compte. Et ça va s’empirer, avec la reconnaissance du statut de participant à Bellemare : tous ses frais de représentation (certainement plusieurs milliers de dollars par semaine) seront désormais remboursables par les contribuables.
En anglais, il y a une très imagée expression pour décrire ce cirque : the porks’ barrel. On se goinfre à vos dépens, publiquement et avec un sans-gêne désolant. Édifiant.