Budget Flaherty: et le citoyen dans tout ça?

- 22 mars 2013

La couleur du chèque, rouge ou bleu? Pour l’honnête citoyen, la question n’a aucune importance. Pourvu que le service soit bon, le reste, il s’en fout et ça n’a généralement aucun impact sur ses orientations politiques.

Mais pour les politicailleux et leurs stratèges, la question de la visibilité d’un gouvernement plutôt qu’un autre tient souvent lieu et place de politique publique responsable. Ils croient, à la manière des enfants à l’égard de la fée des dents, que plus de drapeaux canadiens et de feuilles d’érable visibles engageront davantage d’allégeance envers le Canada et son gouvernement. Et vice versa, plus de fleurdelysés construira un meilleur sentiment d’appartenance nationale québécois. C’est notamment ce niveau de réflexion qui nous a donné l’infâme programme des commandites. Et l’imposition de l’adjectif «national» sur à peu près tous les noms d’organismes et autres machins trucs du gouvernement québécois.

D’où l’intérêt soudain du gouvernement canadien de se mêler de la formation des travailleurs, comme annoncé dans le budget fédéral déposé jeudi par Jim Flaherty. Un nouveau programme financé par des sommes déjà promises à un autre, à hauteur de 300 millions de dollars. Ainsi, le gouvernement financera au tiers la formation d’un employé. Les deux autres tiers devront provenir du gouvernement provincial et de l’entreprise. Voyez-vous, les conservateurs trouvent que vous ne lui êtes pas assez reconnaissant pour ses efforts à vous rendre plus prospère. Afin de s’assurer que vous compreniez bien que vous lui devez votre succès professionnel, le gouvernement Harper veut que le logo gouvernemental canadien et de son «Plan économique pour le Canada» soit bien en vue sur votre chèque dorénavant, alors qu’actuellement, il n’y a que le logo d’Emploi-Québec qui y figure.

Cela dit, la motivation du gouvernement est une chose, le programme en lui-même en est une autre. Je serais très mal avisé de dénoncer l’intention du ministre des Finances d’inclure les entreprises dans la responsabilité de la formation de la main-d’œuvre canadienne. Après tout, le Magazine Jobboom a donné à maintes reprises la parole à des spécialistes qui déploraient le peu d’empressement des employeurs à assumer leur responsabilité quant à la formation continue de leurs employés. Au Québec, il a même fallu instaurer une obligation fiscale dans les années 90, – la loi du 1% – pour ce faire. Mais ça semble encore insuffisant. Encore aujourd’hui, une bonne partie du Canada inc. et du Québec inc. s’attend à ce que l’État lui fournisse clé en main une main-d’œuvre qualifiée. En tout temps. Au gré des caprices de l’économie. On peut certes blâmer les gouvernements pour plein de choses, mais certainement pas pour leur incapacité à fournir sur-le-champ, tiens, disons 15 000 mineurs spécialisés en forage horizontal parce que c’est la nouvelle technique soudainement à la mode. Ça prend du temps pour créer les programmes, les mettre sur pieds, trouver et embaucher les enseignants nécessaires, et surtout, beaucoup de bidous.

On répète souvent, et on l’a entendu à souhait durant la crise étudiante de l’an dernier, que les individus sont les premiers bénéficiaires de leur formation. C’est faux. Ce sont les individus ET leurs employeurs, en parts égales. Le nouveau programme de formation de la main-d’œuvre permettra de reconnaître cette réalité. Reste que, ce qui a été annoncé dans le budget, en est qu’à l’étape de l’énoncé d’intention. On n’en sait rien des détails ce programme, et surtout, en quoi il sera meilleur pour le citoyen de ce qui existe déjà. Il faudra voir les détails et tous les p’tits diables qui s’y cachent. Par exemple, on sait déjà que le gouvernement justifie cette mesure en s’appuyant, entre autres, sur le problème de la sous-représentation de certaines catégories de travailleurs, comme les jeunes, les vieux, les immigrants et les autochtones. Or, il se trouve que dans bien des cas, ce n’est pas la formation des individus qui est en cause – au contraire même! – mais la discrimination systémique dont ils sont l’objet sur le marché du travail. On ne voit pas en quoi du tatillonnage fédéral à propos de la manière dont les provinces gèrent la formation de la main-d’œuvre permettra de mieux arrimer l’adéquation entre la main-d’œuvre et les besoins du marché. À part que de justifier ces gros sabots.

Nous aurions cependant souhaité que le gouvernement du Québec et sa cour rapprochée ne tombent pas dans l’instinct primaire habituel de dénoncer toute intrusion fédérale dans des champs de compétences provinciales. Cette réaction nous laisse croire que, comme à l’habitude, l’État québécois jalouse davantage ses droits et privilèges que les intérêts supérieurs des citoyens québécois. Tout ce qu’on peut demander à ce gouvernement, c’est de s’assurer que l’opération de canadianisation de la formation de la main-d’œuvre ne démantèle pas ce qui fonctionne déjà bien au Québec, comme la Commission des partenaires du marché du travail. Elle a permis aux acteurs des milieux patronal, syndical, communautaire et de l’éducation de développer des initiatives constructives et pragmatiques en la matière.

Aussi, il semble que le gouvernement fédéral favoriserait surtout les formations de courtes durées. Or, pour reprendre leur vocabulaire, il n’y a pas d’adéquation entre cette volonté et les réels besoins en main-d’œuvre. Car là où le bât blesse pour l’économie canadienne se trouve dans des secteurs d’emplois relativement spécialisés qui exigent des formations surtout collégiales (3 ans) ou professionnelles, qui peuvent demander jusqu’à 1800 heures de cours. Aussi, il est légitime de s’inquiéter des modalités de ce programme quant aux obligations rattachées aux subventions. Serait-ce une manière d’enchaîner un employé à un employeur, en neutralisant au passage son rapport de force? Il y a lieu de le croire, le fardeau de la preuve du contraire est maintenant sur les épaules du gouvernement.

Pour le moment, tout ce qui ressort de ce nouveau programme, c’est juste un rebrassage de fonctionnaires d’une juridiction à une autre. Habituellement, ça ne sert à rien d’autre chose qu’à mêler le citoyen.

L’autre mesure budgétaire qui touche directement les travailleurs concerne les fonds d’investissement syndicaux. Au Canada, ça veut dire essentiellement les fonds de solidarité de la FTQ et le Fondaction de la CSN, puisqu’eux seuls concentrent 90% des investissements dans ces véhicules de placement.

Ainsi, le crédit d’impôt supplémentaire de 15% accordé aux contribuables qui achètent des actions de ces fonds spéciaux disparaîtra. Il peut être raisonnable de croire que rien ne justifie de privilégier un type d’investissement plutôt qu’un autre. Ça se défend. Mais sur le plan des relations publiques, ça regarde mal. Si le gouvernement ne s’était pas déjà attaqué aux syndicats en les obligeant de divulguer le salaire de leurs réceptionnistes, s’il n’avait pas déjà pris fait et cause pour l’employeur dans certains conflits de travail privés, si on ne le soupçonnait pas non plus de vouloir s’en prendre à la formule Rand, la mesure passerait moins carrée. Mais ce n’est pas le cas.

Ces fonds n’ont pas d’objectifs de rendement comme tel. Ils ont des objectifs de créations et de préservation d’emplois. Le crédit d’impôt remplace, si on veut, de la portion «rendement» de l’investissement. Sans crédit d’impôt, ils n’ont pratiquement plus de chance de survivre et donc, de permettre l’objectif suivant : que le sauvetage et le développement de certaines entreprises, voire certaines régions, ne soient pas dus qu’aux seules subventions gouvernementales. Certes, le crédit a un coût pour l’État, mais aussi tout un bénéfice. Plusieurs milliers d’emplois, et par le fait même des dizaines de millions en impôts récoltés, sont l’œuvre de ces Fonds. Bref, une fois de plus, l’idéologique a eu le dessus sur le pragmatique.

Ainsi, bien que certaines de ses mesures soient louables, tout ce budget ressemble davantage à une maladie, celle du déficit zéro à court terme à tout prix, sans égards aux dégâts provoqués. C’est un trouble obsessionnel compulsif.

À voir la manière dont le ministre des Finances se servira des surplus accumulés de la caisse de l’assurance-emploi, grâce aux hausses de cotisations annoncées par son gouvernement et des coupes espérées grâce aux quotas imposés à chaque fonctionnaire pour récupérer des sommes, on ne peut que constater que ce TOC du déficit zéro engage le ministre dans des décisions irrationnelles. Genre on se lave les mains tout le temps sans raison. Paul Martin, du temps qu’il était ministre des Finances, avait la même maladie.

Ce n’est pas difficile au Canada d’effacer un déficit: tu plonges les deux mains dans le plat de bonbons du programme d’assurance-emploi, surtout depuis que la Cour Suprême du Canada a avalisé la pratique, qui, sur plan constitutionnel n’a rien de répréhensible, mais sur le plan moral, par contre, pause de sérieuses questions de légitimité. Des milliards seront détournés au cours des prochaines années de la caisse de l’assurance-emploi vers la caisse commune du gouvernement fédéral.

Ce ne sont que les travailleurs et les employeurs qui financent ce régime d’assurance. Toute décision quant à la contribution des assurés, aux prestations versées et à leurs règles devrait être prise par un comité indépendant dont les seuls intérêts qui comptent seraient ceux des travailleurs et des employeurs. Or, tant à l’époque de Paul Martin qu’à celle de Jim Flaherty, l’administration du régime n’est motivée que par les objectifs électoraux du gouvernement en place.

L’envoi des Jimmy Macoutes dans les fonds de rangs des régions rurales va effectivement permettre à Ottawa d’engranger des sommes importantes. Mais à quel prix? Ainsi, plutôt que d’aider des chômeurs à réintégrer honorablement le marché du travail, à leur offrir un service auquel ils ont droit et à permettre à des régions de se relever d’un mauvais coup du sort, les fonctionnaires de l’assurance-emploi devront plutôt jouer à la police et aux espions afin de démasquer quelques fraudeurs hypothétiques. Bref, on économisera à court terme, mais avec des effets secondaires qui, à long terme, viendront tout effacer les gains préalablement obtenus.

Catégories: Nouvelles, Point de vue

Abonnez-vous à cet article

6 commentaires

  1. Jean Dussault dit :

    Çela ressemble effectivement à un TOC. C’est une mesure qui vise directement les travailleurs à faible revenu. Plusieurs d’entre eux n’ont que ce véhicule (fonds de travailleurs) pour se bâtir un petit REER. Avec les retours d’impôts automatiques, s’ils investissent 10$ par semaine par déduction à la source, leur paye ne sera réduite que de 3$ . Je crois que cette mesure vicieuse a un deuxième objectif. Celui de rendre les gens tellement pauvres, qu’ils n’auront pas le choix et devront travailler jusqu’à ce que le dépérissement de leur santé les en empêche. Un autre dogme du parti conservateur: à quand les camps de travail pour tous?

  2. J. Tremblay dit :

    Une autre bonne raison de devenir souverain et de gérer nos propres affaires.

    Faut croire que le monde ne mange pas encore assez de merde pour se lever debout!

  3. J. Tremblay dit :

    Si on gérait nos propres affaires, on ne perdrait plus de temps à se battre avec Ottawa.

    Je suis tellement écoeuré de ces batailles-là!! On vas-tu sortir de cet engrenage une fois pour toutes!!!

  4. arick dit :

    Avez-vous remarqué que ce sont de ¨tits¨ bouts d’homme qui causent le plus de trouble et ce n’est qu’un début…
    Nous avons eu le printemps érable avec Raymond et maintenant ça sera celui de Jimmy…
    Les deux ennyants comme une pierre et insignifiants comme de petits frustrés……

  5. arick dit :

    oups!
    ennuyants

  6. commando dit :

    Ça va changer quoi devenir souverain. Le gouvernement du Québec n’a qu’à augmenter sa part de 15% pour ce manque à gagner.

    Vous passez votre temps à cracher sur les anglos du ROC, donc pourquoi en plus de la péréquation devrait-il contribuer à enréchir les syndicats qui ont les moyens d’utiliser cet argent comme bon leur semble sans pour autant démontrer de la transparence en produisant des rapports financiers pour leurs membres.

    Le Québec a voulu gérer son propre fonds de pension Régie des rentes, ses propres impôts donc en bout de ligne il faut vivre acec ses décisions.

Laisser un commentaire

 caractères disponibles