Travailleurs saisonniers et assurance-emploi: la vraie histoire

- 5 juin 2013

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Beaucoup de choses ont été écrites à propos de la réforme de l’assurance-emploi et des prestataires visés par la dite réforme: les travailleurs saisonniers.

Mais qui sont-ils? Comment vivent-ils? À quoi servent-ils? Quel fierté ou honte en tirent-ils?

A-t-on affaire à une bande de profiteurs et de paresseux? Pour le savoir, et vous donner la réponse, le Magazine Jobboom est allé à leur rencontre. Selon les résultats d’une enquête dévoilée dans le reportage La double vie des travailleurs saisonniers, de Mélissa Guillemette, les trois quarts des travailleurs saisonniers du Québec ne cherchent pas de boulot pendant la saison morte. Mais la moitié se dit prête à en occuper un. À une condition: que cela ne leur interdit pas de recommencer leur «vrai» métier une fois la nouvelle saison arrivée.

Autrement dit, les pêcheurs, charpentiers, paysagistes ou guides touristiques ne lèvent pas le nez sur du travail à l’année, mais sur une possible obligation d’avoir à quitter une profession pour laquelle ils ont un attachement très fort. Certains, pourtant, travaillent plus d’heures en deux ou trois mois qu’un employé de bureau à l’année. Et qu’un sénateur dans sa vie durant. De toute façon, les saisonniers ne représentent pas un poids excessif sur les finances du régime d’assurance-emploi: ils reçoivent 18% de la valeur des prestations, et représentent 16% des cotisants.

Ce qui ressort de ce grand reportage de Mélissa Guillemette, c’est que l’économie canadienne a besoin de ses travailleurs saisonniers. Que de leur garantir un minimum vital entre les pics d’activité est incontournable. Mais que le programme d’assurance-emploi est juste le mauvais véhicule pour y parvenir. D’autres pays en sont arrivés à ce constat et on créé des systèmes de soutien aux travailleurs saisonniers en dehors de leur régime d’assurance-chômage.

Ce qui impliquerait la création d’une nouvelle bureaucratie. Or, la bureaucratie supplémentaire, fut-elle efficace, n’est pas l’apanage du gouvernement Harper. Il préfère dilapider les deniers publics dans de débiles campagnes publicitaires.

Indice Jobboom: à quand le printemps?

- 22 mai 2013

L’Indice Jobboom de mai bouge peu. En fait, il demeure dans ses eaux troubles pour la simple et bonne raison que le marché de l’emploi, notamment dans le secteur privé, ne s’améliore guère depuis plusieurs mois. Et cette situation touche tant le Québec, que le Canada, hormis les quelques provinces «boostées» par l’exploitation faramineuse des champs pétrolifères. C’est-à-dire l’Alberta et la Saskatchewan.

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Pour le reste du pays, dont les trois principales provinces et toutes celles de l’Atlantique, le marché de l’emploi ne parvient tout simplement à répondre à la demande pour du travail. Ceux qui en font les frais : les jeunes. Le taux de chômage chez les moins de 25 ans n’a jamais été aussi élevé ce printemps que depuis au moins 2010.

La situation n’est certes pas comparable à ce qui se passe dans les pays du «club med», l’Espagne, l’Italie et la Grèce, notamment, où le chômage officiel des jeunes dépasse les 50%. Mais l’écart entre le chômage des jeunes et celui des travailleurs de 25 à 64 ans frôle des niveaux comparables à ceux vécus pendant la crise économique du début des années 80.

Depuis décembre dernier, le chômage chez les jeunes a cru de 20% au Québec. À 14,7%, il atteint un de ses plus hauts niveaux depuis de nombreuses années. Jusqu’à maintenant, le Québec s’était particulièrement bien distingué par rapport aux autres provinces pour le chômage des jeunes. Ce n’est plus le cas. Désormais, le taux de sans-emploi québécois des moins de 25 ans est sensiblement le même que dans le reste du Canada.

La situation n’est pas dramatique, mais cela fait tout de même plus de trois ans que le Canada peine à intégrer les jeunes au marché de l’emploi. Le taux de chômage se maintient inexplicablement près ou au-dessus de 14% depuis 2010.

Si la situation ne s’améliore pas d’ici les prochains mois, le sujet devra revenir à l’avant-scène des priorités nationales. Et les gouvernements, tant celui du Parti québécois à Québec, que celui du Parti conservateur à Ottawa, devront s’y attaquer. Sans quoi un autre printemps érable dans les prochaines années n’est pas à exclure… Même à Toronto.

L’Indice Jobboom est une prévision de la force de l’emploi pour le mois courant, calculée par rapport aux dix dernières années, et à partir des données de l’Enquête sur la population active, de Statistique Canada. Plus l’Indice est fort, c’est-à-dire près de 100 %, plus le marché de l’emploi est favorable. À moins de 50, il est «défavorable». Entre 50 et 75, c’est «passable». Entre 75 et 90, il est «favorable», alors qu’à plus de 90, il est «excellent».

L’histoire cahoteuse de la route à Chevrette

- 2 mai 2013

Admettons qu’on accepte les explications de Guy Chevrette concernant l’histoire de la «magouille» de la route de Saint-Donat, révélée hier à la Commission Charbonneau. Bref, il n’y a pas eu de magouille, ni pot-de-vin, ni entrepreneur-ami gâté.

On accepte les explications de l’ancien ministre de la Garnotte, mais ça ne répond pas à la question de fond embrumant l’histoire de cette route : pourquoi?

Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Et pourquoi?

Pourquoi cette route? Vous avez peut-être déjà entendu cette blague duplessiste selon laquelle on promettait aux électeurs de construire des ponts là même où il n’y a pas de rivière.
Dans ce cas-ci, on a construit une route qui mène de nulle part à nulle part, en passant par nulle part. Desservant personne. Et donnant accès à rien.

Ce que la petite histoire officielle de ce bout de route de 31 km nous apprend, c’est qu’il devait permettre de relier deux destinations importantes, Saint-Donat et Mont-Tremblant. Question de faire profiter la première des importants développements de la seconde, vu leur proximité et leur filiation apparente et historique. Comme si les deux étaient séparées par l’Atlantique.
Ce que la petite histoire officielle ignore de mentionner, c’est qu’il y avait déjà un lien routier qui unit encore aujourd’hui les deux communautés, au sud de celui qui nous préoccupe depuis hier.

Distance entre le village de Saint-Donat et le versant nord de Tremblant par la vieille petite route de colonisation, dit le chemin de Vals-des-Lacs : 38 km.

Fallait donc rapprocher les deux communautés. Une nouvelle route, vite, la route du Nordet (ou route Chevrette, comme voulaient la baptiser certains disciples de l’ancien ministre), qui deviendra le lien officiel entre Tremblant et Saint-Donat.
Nouvelle distance : 51 km! Wow, quel rapprochement…

Ainsi, d’une route déjà existante, mais mal en point et nécessitant des travaux d’urgence de toute façon, desservant de vrais villages, du vrai monde, des sites de villégiature; qui partait tout près de Saint-Donat le long d’une route provinciale importante, on a choisi de créer un nouveau lien routier à une dizaine de kilomètres au nord du village, à partir du cul-de-sac de la route 125, où il n’y a rien. De là, on traverse une immense forêt publique où il n’y a rien, aucun attrait et aucune communauté, ne serait-ce qu’une maison isolée à desservir. En prenant soin d’ajouter 13 km au trajet entre les points A et B qu’on souhaitait relier. Une route désormais célèbre pour ses des pentes de 300 mètres de dénivelé et des degrés d’inclinaison à faire capoter un cycliste du Tour de France pourtant aguerri aux cols alpins. Imaginez maintenant l’hiver, mom & pop, avec la marmaille et matante au volant. Il y aura des caleçons à nettoyer, c’est garanti!

En plus, (car il n’y pas que dans les contrats routiers qu’il y a des extras, il y en a aussi dans l’histoire), en plus donc, que le projet est demeuré inachevé. Une grosse highway qui part d’un rang provincial à une petite route locale. Il reste donc 10 km de route qu’on pas été construit et qui auraient permis de relier plus efficacement les points A et B. Un petit tronçon indispensable pour justifier l’investissement dans le grand tronçon, disparu subitement, et comme par enchantement, de la liste des priorités du ministère des Transports.

Bref, vous dépensez 22 millions de dollars pour une route, jusqu’à l’ombre de votre objectif, comme vous brûler 2 milliards de calories pour traverser le lac Saint-Jean à la nage, et là, à quelques coups de brasse de la rive opposée à votre point de départ, vous choisissez d’abandonner. J’embarque dans’chaloupe, ça ne me tente pu de traverser le lac à la brasse.
Quelle étrange manière de politique publique… qui pourrait s’expliquer à l’aune du témoignage de Gilles Cloutier devant la commission. Sauf que ce n’est pas vrai, nous dit Guy Chevrette. OK, d’abord, alors :

Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi cette route inutile?

Une risée dans la région, dont on en dit qu’il s’agit de la piste cyclable de luxe la plus chère au Québec! Car, jusqu’à maintenant, le nombre de passages cyclistes surpasse nettement celui des voitures.

PS : malgré son origine douteuse, cette route offre des panoramas exceptionnels sur la région des Laurentides et la limite sud du Parc du Mont-Tremblant. Outre le fait d’avoir séparé en deux une vaste zone sauvage et ériger un mur de Palestine pour la grande faune locale qui parcourait le secteur, elle a permis aux cultivateurs de chanvre hallucinogène d’accéder à un immense territoire non patrouillé. De plus, l’exploitant forestier détenant les permis d’exploitation de la zone – qui vient de Chertsey, un village proche de Joliette, tient donc! – a pu épargner des dizaines de milliers de dollars en construction de routes forestières pour atteindre et sortir sa ressource.

Donc, tout n’est pas noir dans ce dossier.

Salaire minimum au maximum?

- 1 mai 2013

Pour la toute première fois, le salaire minimum au Québec dépasse les 10$ l’heure aujourd’hui. À 10,15$, il s’agit d’une augmentation de 2,5% par rapport à l’année précédente. Depuis l’an dernier, le taux d’inflation lui oscille entre 1 et 1,5%.

À 10,15$, ça peut sembler élevé aux yeux de certains économistes qui pointent plus à droite, mais le Québec se situe en milieu de peloton au Canada. Quatre provinces prévoient un salaire minimum plus haut, soit l’Ontario, la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse et le Manitoba. Pour trouver le salaire minimum le plus généreux au Canada, il faut sortir des provinces et s’aventurer dans les territoires nordiques, où le prix d’une seule pinte de lait suffit pour ré-hypothéquer sa maison. Il est à 11$ au Nunavut et 10,54$ au Yukon. Voici le tableau, par ordre décroissant:

Nunavut 11,00$
Yukon 10,54$
Nouvelle-Écosse 10,30$
Colombie-Britannique 10,25$
Ontario 10,25$
Manitoba 10,25$
Québec 10,15$
Saskatchewan 10,00$
Nouveau-Brunswick 10,00$
Terre-Neuve 10,00$
T.-N.-O 10,00$
I.-du-P.-É 10,00$
Alberta 9,75$

Selon une méthode de calcul d’économistes pour le moins obscure et dont on n’en connaît rien des aboutissants, un salaire minimum ne devrait jamais dépasser 45% du salaire moyen, sans quoi, son effet devient néfaste pour l’économie. Admettons que cela soit vrai et vérifiable, selon le principe de la semaine de travail moyenne au Québec de 35 heures, le nouveau salaire minimum représente 42,6% du revenu moyen hebdomadaire (selon les dernières données disponibles, soit celles de février dernier). Tableau!

I-du-P.-É. 46,8%
Nouvelle-Écosse 45,3%
Manitoba 43,1%
Nouveau-Brunswick 43,0%
Québec 42,6%
Colombie-Britannique 41,0%
Ontario 39,1%
Saskatchewan 37,2%
Terre-Neuve 37,0%
Alberta 31,1%

Seulement 5 % de la population active gagne le salaire minimum. De ceux-là, près de la moitié sont des étudiants. Par contre, il agit comme un effet de levier pour l’ensemble des salariés, notamment tous les petits salariés en profitent parce que certains employeurs offrent systématiquement plus que le minimum.

Selon une certaine école de pensée assez répandue, au Québec comme ailleurs, le salaire minimum crée du chômage. Les entreprises de services sont plus sensibles au taux du salaire minimum, les coûts de main-d’œuvre y représentent une plus grande proportion des frais que dans d’autres secteurs économiques. La rémunération compte pour 80 % des coûts dans l’hébergement et la restauration et 75 % dans le commerce de détail, contre 59 % dans l’ensemble des industries.

Mais l’ampleur des pertes d’emploi lors d’une hausse du salaire minimum serait moins importante que certains le croient. En outre, ces pertes n’arrivent pas tout de suite : au lendemain d’une hausse, les restaurateurs auront besoin d’autant d’employés parce qu’ils auront autant de frites à faire. Mais, à plus long terme, pour réduire leurs coûts de main-d’œuvre, ils investiront peut-être dans une friteuse automatique.

Ce qui n’est pas mauvais pour l’économie en soi. Les innovations technologiques et la productivité accrue qu’elles entraînent créent de la croissance économique et donc, à long terme, plus d’emplois. Un salaire minimum plus généreux donne un coup de fouet à l’économie, et le chômage qu’il engendre est temporaire.

En lieu et place du salaire minimum, des économistes, commentateurs et politiciens privilégient les programmes de soutien du revenu comme les allocations familiales ou le remboursement de la TPS, ou les primes au travail. Ainsi, l’ensemble des contribuables, et pas juste les entreprises casquent pour les travailleurs pauvres. Pour d’autres, les mesures de compensation du revenu ne sont rien de moins qu’une subvention déguisée qui permet aux entreprises de continuer à sous-payer leurs employés.

En 2008, une étude du UC Berkeley Labor Center, un institut de recherche sur le travail rattaché à l’Université de Californie, leur donne raison. Celle-ci montre qu’en Californie, offrir un salaire minimum de 8 $ l’heure aux travailleurs – plutôt que les 6,75 $ en vigueur dans cet État au moment de l’étude – réduirait de 2,7 milliards les aides allouées par le gouvernement pour les soins de santé ou la garde des enfants. En d’autres mots, les contribuables paient ces milliards parce que les entreprises ne le font pas.

Bref, que ce soit le consommateur qui achète son produit plus cher parce qu’on a augmenté le salaire minimum ou le contribuable qui paie la Prime au travail avec ses taxes, l’argent sort toujours de la même poche, la nôtre.

Pénuries de main-d’oeuvre? Payez plus, dit le banquier!

- 24 avril 2013

Tous ceux qui s’opposent aux dérives du Programme des travailleurs étrangers temporaires, à commencer par le NPD et les syndicats, et plus largement tous les travailleurs qui trouvent les employeurs d’ici bien pingres, viennent de se trouver un allié insoupçonné: le gouverneur de la Banque du Canada!

Pour tirer sa révérence avant de devenir le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney a jeté tout un pavé dans la mare hier, lors de sa dernière présence devant le Comité permanent des finances de la Chambre des communes. Selon lui, les employeurs canadiens développent depuis quelques années une dépendance à l’égard des employés étrangers peu rémunérés. La très forte utilisation du programme (il y avait trois fois plus de travailleurs étrangers au Canada en 2012 – 338 000 – qu’en 2003) tire vers le bas les salaires payés au Canada prévient-il, et pousse les entreprises à la paresse. Ainsi, plutôt que d’investir dans la technologie et la formation de la main-d’Å“uvre, elles se contentent de maintenir leurs marges en embauchant des bas salariés. Ce qui, le moindre nigaud en conviendra, n’est pas bon pour l’économie canadienne.

Cela rappelle l’époque du huard à 70 cents, une période pendant laquelle les manufacturiers canadiens ont peu investi et se sont simplement appuyés sur la faible valeur de la monnaie canadienne pour vendre à faible coût les produits canadiens, notamment aux États-Unis. Une forte croissance de l’emploi dans ce secteur avait été observé durant cette période. Depuis la hausse spectaculaire du dollar, il s’est perdu plus d’un demi-million d’emplois dans les usines du pays.

Le message de Carney tient en peu de mots: pour contrer la pénurie de main-d’Å“uvre dans les emplois peu spécialisés, il n’y a qu’une solution viable, payer plus! Pour le reste, la formation est la clé. À cet égard, l’exemple allemand où les entreprises sont massivement embrigadées dans la formation de la main-d’Å“uvre, offre une piste de solution d’un incontournable intérêt, comme le souligne La Presse dans ce reportage.

Le Programme des travailleurs étrangers temporaires n’est pas un mauvais programme en soi. Comme le rappelle le gouverneur de la Banque du Canada, il permet aux entreprises canadiennes de s’offrir de la compétence et l’expertise rares comme de la merde de pape dans le monde. Par exemple, vous êtes le Cirque du Soleil, vous préparez un show qui s’intitulera Inferno, dont le thème sera le feu, vous avez alors absolument besoin de ce jongleur de torches russe, le meilleur au monde. Pour l’amener dans le quartier Saint-Michel où il participera à la conception du spectacle, vous devez passer par ce programme. Idem si vous êtes Bombardier, vous concevez un nouvel appareil, il vous faut les meilleurs en aérodynamique dans le monde. Vive le programme!

Mais si vous êtes propriétaires d’une franchise de restaurant de beignes à Saint-Jovite, faire appel à des travailleurs philippins via le programme en est une perversion. Et ce n’est même pas moi qui le dis, ni un gogauche plateaupithèque, mais un des grands banquiers de sa génération!

Dans mon billet précédent, vous pouviez consulté une liste sommaire des employeurs québécois inscrits au programme, dont de nombreux organismes gouvernementaux et publics.