Pour la toute première fois, le salaire minimum au Québec dépasse les 10$ l’heure aujourd’hui. À 10,15$, il s’agit d’une augmentation de 2,5% par rapport à l’année précédente. Depuis l’an dernier, le taux d’inflation lui oscille entre 1 et 1,5%.
À 10,15$, ça peut sembler élevé aux yeux de certains économistes qui pointent plus à droite, mais le Québec se situe en milieu de peloton au Canada. Quatre provinces prévoient un salaire minimum plus haut, soit l’Ontario, la Colombie-Britannique, la Nouvelle-Écosse et le Manitoba. Pour trouver le salaire minimum le plus généreux au Canada, il faut sortir des provinces et s’aventurer dans les territoires nordiques, où le prix d’une seule pinte de lait suffit pour ré-hypothéquer sa maison. Il est à 11$ au Nunavut et 10,54$ au Yukon. Voici le tableau, par ordre décroissant:
Nunavut 11,00$
Yukon 10,54$
Nouvelle-Écosse 10,30$
Colombie-Britannique 10,25$
Ontario 10,25$
Manitoba 10,25$
Québec 10,15$
Saskatchewan 10,00$
Nouveau-Brunswick 10,00$
Terre-Neuve 10,00$
T.-N.-O 10,00$
I.-du-P.-É 10,00$
Alberta 9,75$
Selon une méthode de calcul d’économistes pour le moins obscure et dont on n’en connaît rien des aboutissants, un salaire minimum ne devrait jamais dépasser 45% du salaire moyen, sans quoi, son effet devient néfaste pour l’économie. Admettons que cela soit vrai et vérifiable, selon le principe de la semaine de travail moyenne au Québec de 35 heures, le nouveau salaire minimum représente 42,6% du revenu moyen hebdomadaire (selon les dernières données disponibles, soit celles de février dernier). Tableau!
I-du-P.-É. 46,8%
Nouvelle-Écosse 45,3%
Manitoba 43,1%
Nouveau-Brunswick 43,0%
Québec 42,6%
Colombie-Britannique 41,0%
Ontario 39,1%
Saskatchewan 37,2%
Terre-Neuve 37,0%
Alberta 31,1%
Seulement 5 % de la population active gagne le salaire minimum. De ceux-là , près de la moitié sont des étudiants. Par contre, il agit comme un effet de levier pour l’ensemble des salariés, notamment tous les petits salariés en profitent parce que certains employeurs offrent systématiquement plus que le minimum.
Selon une certaine école de pensée assez répandue, au Québec comme ailleurs, le salaire minimum crée du chômage. Les entreprises de services sont plus sensibles au taux du salaire minimum, les coûts de main-d’œuvre y représentent une plus grande proportion des frais que dans d’autres secteurs économiques. La rémunération compte pour 80 % des coûts dans l’hébergement et la restauration et 75 % dans le commerce de détail, contre 59 % dans l’ensemble des industries.
Mais l’ampleur des pertes d’emploi lors d’une hausse du salaire minimum serait moins importante que certains le croient. En outre, ces pertes n’arrivent pas tout de suite : au lendemain d’une hausse, les restaurateurs auront besoin d’autant d’employés parce qu’ils auront autant de frites à faire. Mais, à plus long terme, pour réduire leurs coûts de main-d’œuvre, ils investiront peut-être dans une friteuse automatique.
Ce qui n’est pas mauvais pour l’économie en soi. Les innovations technologiques et la productivité accrue qu’elles entraînent créent de la croissance économique et donc, à long terme, plus d’emplois. Un salaire minimum plus généreux donne un coup de fouet à l’économie, et le chômage qu’il engendre est temporaire.
En lieu et place du salaire minimum, des économistes, commentateurs et politiciens privilégient les programmes de soutien du revenu comme les allocations familiales ou le remboursement de la TPS, ou les primes au travail. Ainsi, l’ensemble des contribuables, et pas juste les entreprises casquent pour les travailleurs pauvres. Pour d’autres, les mesures de compensation du revenu ne sont rien de moins qu’une subvention déguisée qui permet aux entreprises de continuer à sous-payer leurs employés.
En 2008, une étude du UC Berkeley Labor Center, un institut de recherche sur le travail rattaché à l’Université de Californie, leur donne raison. Celle-ci montre qu’en Californie, offrir un salaire minimum de 8 $ l’heure aux travailleurs – plutôt que les 6,75 $ en vigueur dans cet État au moment de l’étude – réduirait de 2,7 milliards les aides allouées par le gouvernement pour les soins de santé ou la garde des enfants. En d’autres mots, les contribuables paient ces milliards parce que les entreprises ne le font pas.
Bref, que ce soit le consommateur qui achète son produit plus cher parce qu’on a augmenté le salaire minimum ou le contribuable qui paie la Prime au travail avec ses taxes, l’argent sort toujours de la même poche, la nôtre.