Boucherville et St-Bruno: les bucks à Charest

- 31 juillet 2012

En éditorial il y a plus de 4 ans déjà, je parlais de la décision du gouvernement du Québec d’acheter l’île Charron pour l’intégrer au parc national des îles de Boucherville comme du «buck à Charest», un genre de trophée de chasse environnemental qui ne profitera qu’à l’image écolo du gouvernement Charest aux dépens de l’environnement réel.

Tout aussi écolo qu’en 2008, le même gouvernement fait maintenant dans le recyclage et réutilise une vieille annonce à quelques jours du déclenchement des élections. Mon analyse de l’époque tient toujours: le montant de 15 millions de dollars pour 20 hectares de friches recouvrant des déchets, demeure l’un des pires investissements en protection du patrimoine naturel qu’on puisse imaginer. Pour le même prix, on pourrait créer un nouveau parc national dans les Laurentides ou l’Estrie, en toute proximité de Montréal, et retirer des centaines de kilomètres carrés de forêts de promoteurs immobiliers en mal de McMansion en nature.

L’analyse vaut aussi pour l’annonce de l’agrandissement du parc du Mont Saint-Bruno, alors que l’État québécois déboursera des millions pour des territoires qui, de toute façon en vertu des lois environnementales en vigueur, seraient demeurés à l’état naturel.

C’est ce qu’on appelle s’acheter une veste verte électorale avec l’argent des contribuables.

Voici ce vieil édito de janvier 2008:

Le buck à Charest
La récente saison de chasse au chevreuil – ou cerf de Virginie – fut l’une des bonnes des dernières années pour le nemrod québécois. Temps clément, gibier en abondance, bières fraîches…

Même Jean Charest a eu droit à son trophée de chasse, un solide buck qui a fait oublier ses mésaventures au mont Orford, duquel il est revenu bredouille : c’est l’île Charron. Une minuscule enclave des îles de Boucherville qu’écologistes et amis des chevreuils aimeraient voir intégrée au parc national du même nom.

Pour un gouvernement au dossier écolo douteux régulièrement exposé sur le hood des chars péquiste et adéquiste pour dénoncer la gestion des parcs nationaux, l’occasion était belle : empêcher un promoteur privé de construire 2 000 unités d’habitation à proximité du parc des Îles-de-Boucherville.

Cette initiative du clan Charest a mérité l’approbation générale de la population, comme c’est rarement le cas sur des questions de développement durable. On aurait cru au sauvetage de la forêt amazonienne! Mais non. Il s’agit plutôt d’un tout petit boisé de 20 hectares, à peine une allée de boulingrin de plus que le domaine Marois-Blanchet à L’Île-Bizard.

Ainsi, cet espace déclaré réserve naturelle en novembre dernier par la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs (MDDEP), Line Beauchamp, est le premier jalon vers l’expropriation de ces terrains autrefois propriété du Mouvement Desjardins.

À quel coût pour les contribuables? Quelque part entre 6 millions de dollars, le prix d’achat déboursé par le promoteur Luc Poirier en janvier dernier, et 130 millions, le prix auquel Poirier a revendu les terrains au groupe Cholette, 10 mois plus tard.

La marge est grande. Mais dans un cas comme dans l’autre, c’est beaucoup d’argent pour des terrains qui ne valent pas ce prix.

Car si jusqu’à maintenant ils ne figuraient pas à l’intérieur du parc, c’est pour une bonne raison : c’est une dump! Un ancien dépotoir qui a servi lors de la construction du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine dans les années 1960, coincé entre une autoroute, deux bretelles, la voie maritime, une usine d’épuration d’eaux usées et un hôtel.

C’est un terrain en friche, pas une forêt trois fois centenaire! Quand un peuplier faux-tremble, qui est à la forêt ce que le chiendent est à la pelouse, y atteint 30 ans, c’est un senior.

J’entendais à la radio l’autre matin : «A-t-on idée de construire des condos là où gambadent des chevreuils?» En effet, ils y sont nombreux, les chevreuils. Trop, même. Dans une région naturelle normale, selon le MDDEP, on en compte 6 ou 7 au kilomètre carré, contre 20 sur les îles de Boucherville! Une étude de la Société des établissements de plein air du Québec a démontré que 100 % des arbres plantés en 2004 et 2005 ont subi des dommages irrévocables dus au broutage intensif des cerfs, qui s’en nourrissent.

Ce qui relativise l’autre argument en faveur de la conservation de cet espace naturel : la présence de milliers de nouveaux résidents créera une pression indue sur les écosystèmes des îles. Quelle pression? On l’ignore, tout autant que ses conséquences. D’autant plus qu’aucune étude n’a été faite sur les répercussions de cette éventuelle présence humaine. Contrairement à l’impact des chevreuils qui, lui, a été évalué.

Et où seront maintenant érigés ces 2 000 condos qui auraient trouvé preneur? Là où gambadent d’autres chevreuils, grands dieux! Sans parler des autres ratons, coyotes, renards, grenouilles… Au cours d’une seule journée, des forêts matures de 10 à 20 fois la superficie de l’île Charron sont rasées dans les banlieues de Montréal, Québec, Sherbrooke et Gatineau, pour éventuellement loger la clientèle visée par les promoteurs de l’île Charron.

Bref, comme placement écolo, l’expropriation de l’île Charron, c’est pourri.

Pour la même somme, on pourrait protéger des milliers d’hectares de forêts privées dans les Laurentides, Lanaudière, en Mauricie, en Estrie, dans la banlieue de Québec, les collines de la Gatineau, menacées elles aussi par du développement immobilier anarchique. Ces terres, morcelées, sont souvent entourées de terres publiques, elles aussi morcelées. Réunies, elles permettraient de créer de grands corridors verts aux portes de nos villes, favorisant ainsi la pratique d’activités de plein air et un Québec qui bouge plus, comme le veut le gouvernement.

Malheureusement, au Québec, la protection des habitats est vue selon le modèle de la cloche de verre : on protège un carré de toute intervention pour mieux permettre la destruction autour. Or, la diversité des écosystèmes n’est assurée que par de grands corridors verts. Ce qui a été compris et appliqué notamment au Vermont et dans les Adirondacks, là où de nombreux Québécois partent se dépayser en randonnée.

Le Québec se dirige tout droit vers le concept inverse : celui de la courtepointe verte.

Catégories: La vie est un cartoon, Point de vue

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6 commentaires

  1. Mario Goyette dit :

    Bon retour M.Grenier
    Si l’on tient compte que la crise étudiante alimentée par les libéraux a coûté plus cher en répression policière que les bénéfices escomptés de la hausse et que Charest vient de gaspiller plus d’un milliard en subvention bonbon dans sa campagne pré-électoarale au frais des québécois et bien non, plus rien ne me surprend des libéraux même si vous me disiez à qui appartenait le dit terrain avant de passer sur notre carte de crédit collective.

  2. pierrebertrand dit :

    J’espére que le peuple Québécois auront de la MÉMOIRE, car Charest et le parti Libéral prend les Québécois pour des imbéciles. Depuis quelques semaines , il annonces des dépenses qui représentent plus de 1 milliards$ a quelques jours avant le déclenchement d’élection le 4 septembre 2012. Cette dépense n,a qu’un seul but l’aider a gagner l’élection du 4 septembre 2012 et satisfaire son orgueil et sa vanités et favoriser les ZAMIS Libéraux avec les richessses naturellles non renouvelables. De plus,elle va augmenter notre dette qui est actuellement a plus de 260 milliards$.J’espére que les Québécois se souviennent que durant la campagne d’élection de 2008 , Charest nous affirmez que tout va bien a la CDPQ, quelques jours aprés l’élection de 2008, perte de 39 milliards$ a la CDPQ

  3. JCPomerleau dit :

    Une citoyenne qui a décidé de s’impliquer contre la corruption:

    http://liberaux.net/

  4. Mario Goyette dit :

    Au sujet du site http://www.liberaux.net/ , un candidat libéral veut le faire fermer. Entendu à Radio-Canada, cet après-midi.
    La vérité, les libéraux ont de la misère avec ça, faut croire.

  5. Mario Goyette dit :

    Tout à fait pathétique le discours paternaliste de Jean Charest à Sherbrooke au sujet de sa famille dont chacun faisait sa part en rapportant sa vaisselle après souper…
    Lorsqu’il était au parti conservateur, le frère de Jean Charest faisait la collecte d’envelloppes comme bailleur de fond.

    Jean Charest admet avoir peut-être rencontré Karlheinz Schreiber en 1993
    Jean Charest avait alors admis avoir reçu un don de l’ancien lobbyiste germano-canadien, mais cette contribution n’aurait été que de 10 000 $. L’argent avait été remis à son frère Robert, qui était alors responsable bénévole de la gestion des dépenses de la campagne.

    http://www.lapresse.ca/le-droit/actualites/ailleurs-au-pays/200905/21/01-858591-jean-charest-admet-avoir-peut-etre-rencontre-karlheinz-schreiber-en-1993.php

  6. Mario Goyette dit :

    La revanche des Denis Drolet
    Le député libéral de Limoilou André Drolet a dénoncé le site http://www.liberaux.net/ mais a rencontré une fin de non-recevoir.
    Le DGE a promis de surveiller le site au cas où on imprimerait des tracts, ce qui passerait pour une dépense électorale.
    Selon le DGE, liberaux.net peut poursuivre ses activités
    http://www.ledevoir.com/politique/elections-2012/355908/selon-le-dge-liberaux-net-peut-poursuivre-ses-activites

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