Crise étudiante: admettre ses torts

- 15 janvier 2013

Il y a bientôt un an débutait la mobilisation étudiante contre la hausse des droits de scolarité, qui allait se transformer un printemps érable, comme le fait l’eau sucrée suintant de l’emblème canadien lorsque bouillie: ça se transforme en gros sirop, indigeste en cas de surdose.

Et surdose il y a eue. On en digère encore les effets, même dans les débats entre prétendants au calife libéral. Les trois candidats à la direction du Parti libéral ont tour à tour désavoué, dimanche dernier, Jean Charest et sa manière dont il s’y est pris pour affronter la rebuffade. Il y a le docteur qu’y considère que le chef y est allé fort en ketchup sur la hausse. Il s’agit peut-être de la contrition la plus raisonnable, quoique facile dans son cas, puisqu’il n’était plus aux affaires au moment où la décision a été prise. Les deux autres, dont un qui a lancé à quelques occasions de l’huile sur le feu pendant la crise, en plus d’avoir signé de sa blanche main le budget qui a officialisé cette hausse, ont prétendu qu’ils auraient dialoguer autrement, c’est-à-dire mieux. Ils ne se sont pas trop avancé à propos du mieux; facile à dire «mieux», mais «mieux comment», difficile sans que ça ne ressemble à une promesse d’alcoolique.

L’éditorialiste de la Presse, André Pratte, traite de lâches les trois candidats sur cette question, en prenant le parti de Jean Charest.

Or, il faudra bien l’admettre: la hausse en version originale, présentée comme une réforme du financement universitaire, était désespérante par son manque d’intelligence et d’imagination. C’était à la frontière de l’épais et du simplisme d’esprit, d’une paresse inouïe. En d’autres temps et d’autres circonstances, avec d’autres personnes légèrement plus allumées et ratoureuses, la hausse serait demeurée une proposition. Un ballon d’essai, question de faire dégonfler les attentes de tous, y compris celles des étudiants sur cette question. Et la vraie réforme aurait dû être l’os qu’a lâché Jean Charest à la meute étudiante en mars, quand Montréal était déjà dans le chaos quotidien: une hausse moins importante, modulée sur cinq ans et assortie de la refonte de l’aide financière aux étudiants comme annoncée (d’ailleurs, sur ce point particulier, plusieurs observateurs ont dénoncé le PQ de ne pas l’avoir abolie au même titre que la hausse des droits. Or, il ne s’agit pas d’une incongruité: le refinancement de ce programme n’était pas une couche supplémentaire de confiture sur la toast, il ramenait seulement son budget à ce qu’il était en 2006, avant des coupures).

L’objectif n’aurait pas dû être avoir raison, ni de calmer le jeu, seulement faire le mieux dans le meilleur intérêt de tous. Pas en mars 2012, en mars 2011.

Ça n’aurait pas empêché les sympathisants de la CLASSE à descendre dans les rues. Peut-être, au mieux, ça aurait tempéré l’ardeur des troupes des autres organisations étudiantes moins radicales. Mais au moins les libéraux auraient pu être crédités d’avoir fait ce qu’il fallait, comme le répétait si souvent Robert Bourassa en toute occasion: dans l’intérêt supérieur du Québec et des Québécois.

De l’offre très tardive de Jean Charest aux étudiants, deux choses l’une: soit qu’il reconnaissait son erreur de départ, soit qu’il achetait la paix pour le bien de son gouvernement avec les deniers publics. Comme il a maintenu longtemps, sans dialogue possible, sa proposition initiale, il y a fort à parier que la deuxième option est la plus probable. De cette manière, Jean Charest est tout aussi lâche que les trois autres, si on s’en tient à l’angle de lecture d’André Pratte.

La seule manière pour les libéraux de se disculper de lâcheté dans ce dossier, serait de reconnaître que la hausse des droits de scolarité telle que formulée dans le budget de 2011 était une erreur, non pas parce qu’elle a engendré le plus gros mouvement étudiant de 40 dernières années, mais parce qu’elle était juste très mal foutue, du boulot bâclé.

* * *
Toujours concernant le débat des candidats à la direction du Parti libéral, l’idée de relancer le débat sur l’avenir des cégeps émise par Pierre Moreau, pas grand commentateurs ont remarqué le leurre. À gauche, ça a monté aux barricades. À droite, ça a dénoncé la gauche sous des accusations d’immobilisme et de vaches sacrées.

Or, c’est une tactique vieille comme la Révolution tranquille en politique : quand tu ne sais plus quoi dire pour te démarquer de tes adversaires politiques et faire parler de toi dans les médias, t’as deux options : tu lances soit un bien senti «Abolissons les cégeps!» ou soit que tu scandes «Abolissons les commissions scolaires!». C’est ce qu’a usé Pierre Moreau, rien de plus. Personne n’y aurait dû y tendre ne serait-ce qu’un lobe d’oreille, tant c’était du n’importe quoi prémâché intellectuel, sans substance ni fondements sérieux.

Le pire dans tout ça, c’est que Pierre Moreau n’y croit même pas à l’abolition des cégeps. Moi, quand je ne veux pas incendier ma maison, j’y mets pas le feu.

Catégories: Point de vue

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14 commentaires

  1. Yves N. dit :

    @ Eric Grenier

    Tu aimes ça payer pour les autres mon Eric et bien c’est exactement ce qui va se passer avec l’annulation de la hausse par le PQ,C’EST TOI ET MOI LES PAYEURS DE TAXES ET D’IMPOTS qui doivent payer maintenant,bravo mon Eric,bravo les étudiants vous avez réussi à nous refiler la facture.

  2. Julien117 dit :

    Je suis plutot d’accord avec André Pratte qu’avec vous. Je ne vois pas de scandale à ce que les étudiants universitaires payent 17% de leurs études. C’est quand même une bonne affaire de se faire payer 83% des cours juste avant de bien gagner sa vie diplôme en poche.
    Je n’oublie pas que seulement 30% des étudiants ont boycotté leurs cours ou fait la grève. Une minorité qui a fait du bruit pour 200% des étudiants mais une minorité. Pour nos télés c’était du gâteau, des jeunes qui paraissent bien et ont le verbe facile. Mais sur le fond, non, la crise localisée à Montréal par une minorité d’étudiants, pas de quoi parler d’une affaire grave. Jean Charest détestable à tant d’égards avait raison sur ce point.

  3. Denise Lavoie dit :

    Excellente analyse! Je me souviens cependant d’un détail. Lyne Beauchamp n’avait-elle pas réussi à s’entendre avec les étudiants après de longues discussions qui avaient durées jusque tard dans la nuit? Et comme par hasard, Charest lui a retiré le dossier pour le confier à quelqu’un d’autre et on n’a jamais plus entendu parler de cet accord. Ne serait-ce pas la preuve que Charest voulait profiter de la crise étudiante pour se faire réélire?

  4. sososo dit :

    Un autre ”apologiste” de l’immobilisme!

    Le parking brake Québécois…toucher à rien!

  5. Marc Ouimet dit :

    Encore de la propagande rouge.

    Les petits égoïstes et les biens pensants qui les ont encouragés n’ont rien réglé.

    Les universités sont sous financées, malgré les tours de magie de Pierre Duchesne et de Martine Desjardins, et nous devrons régler cela un jour.

  6. Laurent René dit :

    Notre bonne Pauline a signé le chèque de 15 millions, pour payer les dégats des carrés rouge. Et l’autre ancien premier ministre, ne voulait plus de la job. C’était clair comme de l’eau de roche, au moment de la démission de monsieur Couillard, que le sort du gouvernement était devenu irréversible. Et voyez, deux ans plus tard, le premier retourne dans ses terres, avec un bon paquet de «ficelles» internationales, et l’autre a pris de bonnes vacances payantes, afin de revenir en politique beaucoup moins égratigné que les autres.

  7. eric.grenier dit :

    Répondez oui à ces questions:
    Ai-je écrit qu’il fallait revoir le financement des universités?
    Ai-je écrit qu’il fallait augmenter de 1800$ les droits de scolarité (sur 5 ans plutôt que sur un an)

    Maintenant, répondez non à ces questions:
    Ai-je écrit qu’il fallait geler les droits de scolarité?
    Ai-je écrit qu’il fallait juste les indexer, comme le propose P. Couillard?
    Ai-je écrit que c’était à tout le monde à payer, sauf aux étudiants?
    Ai-je écrit que tout devait demeurer exactement comme ça l’est maintenant?

    Aussi, en prime, une pensée:
    Demandez à un candidat ce qu’il ferait pour réglér tel ou tel problème, et s’il répond qu’il faudra mieux dialoguer, vous aurez alors la meilleure garantie d’immobilisme.
    eg

  8. Geneviève Dostaler dit :

    Félicitations pour ce texte d’une très grande lucidité.

  9. Mariette Beaudoin dit :

    Il arrive souvent que des marchands vendent un produit et versent un pourcentage à une cause. Les étudiants ont plusieurs besoins et achètent une multitude de produits quand ils emménagent en appartement : des fournitures scolaires, des meubles, des livres, des brosses à dents, etc. Je suggère donc qu’il y ait une Semaine des étudiants pendant laquelle les entreprises qui le veulent vendent leurs produits en donnant un petit pourcentage à la cause étudiante. Pendant cette semaine, les étudiants achèteraient ce dont ils ont besoin en premier. Ainsi, ils ne manqueraient pas par exemple de fournitures scolaires quand ils retourneraient à l’école. Le grand public pourrait acheter lui aussi des crayons et des ordinateurs, mais seulement après pour éviter les ruptures de stock. Ça ne ruinerait personne et on aurait des produits en retour, sans être obligés de financer les écoles par nos taxes. Ce serait extraordinaire s’il y avait une vague d’amour de cette nature envers nos enfants, tout en laissant les gens libres d’acheter ou pas. Tout le monde a besoin de crayons, que ce soit dans nos entreprises, nos organismes, nos ministères et nos maisons. Il faudrait par contre faire attention à l’environnement. Ça pourrait même donner des emplois d’été aux étudiants parce qu’on mettrait un carré rouge sur chaque emballage. Il faudrait aussi que ce soit supervisé par le ministère de l’Éducation et d’autres instances pour éviter que certains s’en mettent plein les poches au détriment des étudiants et des gens qui veulent retourner aux études pour se recycler, changer d’emploi ou simplement apprendre plein de choses pour le plaisir de se ressourcer. Ce n’est qu’une idée, mais ça en prendrait beaucoup d’autres pour amasser des montant suffisants. Avez-vous des suggestions ?

  10. Mariette Beaudoin dit :

    oups ! Lire : des montants suffisants.

  11. sososo dit :

    Quand verrons nous les bien-pensant mettre en dualiter le terme si galvauder ”choix de sociéter”et le vrai choix de sociéter!

    Alors que plus des trois quarts des Québécois sont en faveur d’une augmentation des frais de scolariter…mais d’où vient ce terme si éteignoir ”choix de sociéter” tant galvauder par les bien-pensant?

    Pourquoi personne ne pond aucune chronique, billet, éditorial sur cette coupe drastique de 25% dans le transport adapté aux handicapés…pourquoi personne ne semble vouloir regarder vers où cet argent est détourner? Bien-sûr, vous ne verrez aucune mobilisation des handicapés, prendre la rue et faire tout le grabuge (rouge) que nous avons si LÂCHEMENT tolérer!!
    -Choix de sociéter???

    Pourquoi personne ne confronte le gouvernement Péquiste sur les coupes drastique planifier des services auprès des personnes âgées dans les CHLSD pour les renvoyer à la maison sur le bras de leurs familles? Encore une fois, vous ne verrez pas de pauvre ti-vieux mourrant prendre la rue et faire tout le grabuge(rouge) que nous avons encore une fois si LÂCHEMENT tolérer!!
    -Choix de sociéter???

    Quand l’intimidation gagne sur une sociéter…

  12. Mariette Beaudoin dit :

    J’ai oublié de vous faire part d’une autre idée. Les étudiants pourraient avoir un emploi d’été en mettant des carrés rouges sur les items vendus, mais pourraient aussi partir en affaire en vendant leurs créations aussi. Quelqu’un dessine bien ? Il pourrait vendre un tableau, une bande dessinée ou autre chose qu’il a fait lui-même. Des étudiants pourraient se regrouper pour partir une troupe de théâtre et donner un spectacle-bénéfice. Etc. Ça leur donnerait une expérience concrète sur leur curriculum vitae et faciliterait leur accès au marché du travail quand leurs études seraient complétées.

  13. Mariette Beaudoin dit :

    Si on se laisse manger la laine sur le dos, ça ne finira plus : les exploitants vont ambitionner encore et encore. Après 83% d’augmentation des frais, ce sera quoi ? C’est vrai pour les frais de scolarité et pour tout le reste. Voilà pourquoi j’opte pour des solutions positives qui ne font de mal à personne, au contraire ! Elles stimulent l’économie et la confiance en soi, sans grabuge dans les rues. Le Québec a besoin d’aller de l’avant.

  14. francine Gagnon dit :

    Une minorité quand même pas la grande majorité des étudiants, d’ailleurs ils en payent encore le prix aux études le 2 janvier 2013 pour finir la session d’automne. Je sais pas s’ils trouvent ça encore drôle?? Une minorité qui a écoeurée le reste de la province.

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