L’économie n’est pas une science exacte. Quand bien même qu’on réaliserait la même expérience, dans les mêmes conditions, selon les mêmes procédures, avec les mêmes éléments, et sous la supervision des mêmes chercheurs, il y a fort à parier que les résultats différeraient d’une tentative à l’autre.
D’où l’importance lorsque les gouvernements érigent des politiques publiques à caractère économique ou financier à partir de certaines théories économiques, d’y injecter une bonne grosse dose de pragmatisme et d’intuition. En économie, le dogmatisme est le pire ennemi du peuple. En fait, de manière générale, le dogmatisme est juste un grand fouteur de merde.
Les théories économiques ont leur sens et leur utilité, mais elles ne sont qu’un ingrédient parmi tant d’autres dans la bonne marche du monde. C’est ce que je démontre dans mon éditorial (La bonne parole) de la plus récente édition du Magazine Jobboom, tout frais sortie des presses et du nuage de l’App Store, à propos de la cure d’austérité qui sévit partout dans le monde développé. Une théorie économique, échafaudée à partir de tenants un peu bringuebalants, a remplacé juste le gros bon sens chez tous les stratèges économiques et budgétaires des gouvernements.
Extrait :
C’est écrit dans les épîtres de Reinhart et Rogoff. Les apôtres Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, deux éminents économistes, racontent l’histoire vraie d’un gros barbu qui a séparé la mer Rouge en deux pour laisser passer les dinosaures. Non, ce n’est pas ça, mais c’est de la même eau : lorsque la dette d’un pays atteint 90 % de son PIB, son économie se met à s’effondrer comme une usine de textile en Asie.
Ainsi, depuis quatre ans, on pratique la génuflexion de l’austérité en respectant les enseignements de Reinhart et Rogoff. Avec plus de piété en Europe (ils ont péché davantage) qu’en Amérique, mais peu importe, ça marche : l’Europe a connu deux récessions depuis 2010. Une troisième se prépare. L’Irlande a fait preuve d’une rigueur d’esthète pour juguler son déficit et profite déjà du paradis ici-bas : croissance presque à zéro et taux de chômage à 14 % depuis 2009. Et un déficit budgétaire 10 fois plus gros que celui du Québec.
Cinq ans après la fin de la récession aux États-Unis, le taux d’emploi demeure inférieur à celui qui prévalait au pire de la crise de 1982. L’entreprise privée au Canada et au Québec ne crée plus d’emploi. Proportionnellement, il y a toujours moins de travailleurs canadiens aujourd’hui qu’il y a cinq ans.
Le résultat, donc: une catastrophe. Non seulement la théorie n’arrive pas à s’exercer dans la pratique, en plus, on répète la même erreur en espérant un résultat différent. Einstein les aurait qualifiés de fous. Anyway, ceux qui l’ont élaborée, de même que ceux qui y croient avec une foi à faire apostasier François Premier ainsi que ceux qui ont à l’appliquer n’en subissent aucune conséquence. Non, les victimes, ce sont vous et moi, et un tas d’autres de nos semblables de travailleurs.
Autre extrait :
Mais la liturgie de Reinhart et Rogoff est trop belle pour être rejetée tant le mystère de la foi austère est grand. Dites, l’histoire de Jésus qui change l’eau en vin, ça fait du bien d’y croire, non? L’austérité a au moins le mérite de vous servir une leçon de morale : payez pour vos excès.
Tant et aussi longtemps que le train de vie des membres du 1 % des plus riches, les porteurs de la bonne parole de l’austérité, n’est pas touché. Et touché, il ne l’est pas : l’industrie du luxe a connu une croissance de 10 % en 2012. Le Fonds monétaire international le confirme : les inégalités de revenus n’ont jamais été aussi élevées depuis 1929, même au Canada, et croissent sans cesse depuis 2007.
Entre la rédaction de mon édito et sa publication, d’autres éléments de preuve de cette folie sont venus s’ajouter.
Comme le PDG de la grosse banque d’affaires américaine JP Morgan, qui admet sans honte que son institution fait surtout de l’argent lors des crises financières et éclatement de bulles, bulles du reste alimentée et manipulée par ladite banque.
Pendent ce temps, l’Europe s’enlise.
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