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L’économie va mal? C’est voulu

- 6 juin 2013

L’économie n’est pas une science exacte. Quand bien même qu’on réaliserait la même expérience, dans les mêmes conditions, selon les mêmes procédures, avec les mêmes éléments, et sous la supervision des mêmes chercheurs, il y a fort à parier que les résultats différeraient d’une tentative à l’autre.

D’où l’importance lorsque les gouvernements érigent des politiques publiques à caractère économique ou financier à partir de certaines théories économiques, d’y injecter une bonne grosse dose de pragmatisme et d’intuition. En économie, le dogmatisme est le pire ennemi du peuple. En fait, de manière générale, le dogmatisme est juste un grand fouteur de merde.

Les théories économiques ont leur sens et leur utilité, mais elles ne sont qu’un ingrédient parmi tant d’autres dans la bonne marche du monde. C’est ce que je démontre dans mon éditorial (La bonne parole) de la plus récente édition du Magazine Jobboom, tout frais sortie des presses et du nuage de l’App Store, à propos de la cure d’austérité qui sévit partout dans le monde développé. Une théorie économique, échafaudée à partir de tenants un peu bringuebalants, a remplacé juste le gros bon sens chez tous les stratèges économiques et budgétaires des gouvernements.

Extrait :

C’est écrit dans les épîtres de Reinhart et Rogoff. Les apôtres Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff, deux éminents économistes, racontent l’histoire vraie d’un gros barbu qui a séparé la mer Rouge en deux pour laisser passer les dinosaures. Non, ce n’est pas ça, mais c’est de la même eau : lorsque la dette d’un pays atteint 90 % de son PIB, son économie se met à s’effondrer comme une usine de textile en Asie.

Ainsi, depuis quatre ans, on pratique la génuflexion de l’austérité en respectant les enseignements de Reinhart et Rogoff. Avec plus de piété en Europe (ils ont péché davantage) qu’en Amérique, mais peu importe, ça marche : l’Europe a connu deux récessions depuis 2010. Une troisième se prépare. L’Irlande a fait preuve d’une rigueur d’esthète pour juguler son déficit et profite déjà du paradis ici-bas : croissance presque à zéro et taux de chômage à 14 % depuis 2009. Et un déficit budgétaire 10 fois plus gros que celui du Québec.

Cinq ans après la fin de la récession aux États-Unis, le taux d’emploi demeure inférieur à celui qui prévalait au pire de la crise de 1982. L’entreprise privée au Canada et au Québec ne crée plus d’emploi. Proportionnellement, il y a toujours moins de travailleurs canadiens aujourd’hui qu’il y a cinq ans.

Le résultat, donc: une catastrophe. Non seulement la théorie n’arrive pas à s’exercer dans la pratique, en plus, on répète la même erreur en espérant un résultat différent. Einstein les aurait qualifiés de fous. Anyway, ceux qui l’ont élaborée, de même que ceux qui y croient avec une foi à faire apostasier François Premier ainsi que ceux qui ont à l’appliquer n’en subissent aucune conséquence. Non, les victimes, ce sont vous et moi, et un tas d’autres de nos semblables de travailleurs.

Autre extrait :

Mais la liturgie de Reinhart et Rogoff est trop belle pour être rejetée tant le mystère de la foi austère est grand. Dites, l’histoire de Jésus qui change l’eau en vin, ça fait du bien d’y croire, non? L’austérité a au moins le mérite de vous servir une leçon de morale : payez pour vos excès.

Tant et aussi longtemps que le train de vie des membres du 1 % des plus riches, les porteurs de la bonne parole de l’austérité, n’est pas touché. Et touché, il ne l’est pas : l’industrie du luxe a connu une croissance de 10 % en 2012. Le Fonds monétaire international le confirme : les inégalités de revenus n’ont jamais été aussi élevées depuis 1929, même au Canada, et croissent sans cesse depuis 2007.

Entre la rédaction de mon édito et sa publication, d’autres éléments de preuve de cette folie sont venus s’ajouter.

Comme le PDG de la grosse banque d’affaires américaine JP Morgan, qui admet sans honte que son institution fait surtout de l’argent lors des crises financières et éclatement de bulles, bulles du reste alimentée et manipulée par ladite banque.

Le Fonds monétaire international qui reconnaît son incroyable crédulité dans la manière qu’elle a affronté la crise en Grèce.

Pendent ce temps, l’Europe s’enlise.

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La lutte au déficit zéro fait monter le chômage au Canada

- 5 avril 2013

Il n’y a pas que l’hiver météorologique qui ne veut pas mourir, mais aussi celui de l’emploi. Juste en mars dernier, le Québec a perdu 17 000 emplois, dont 25 000 à temps plein (c’est donc dire qu’il s’en est rajouté 8000 à temps partiel). Dans tout le Canada, c’est 55 000 emplois qui ont été détruits durant ce mois de misère. Dans six provinces, l’économie a détruit des jobs en quantité industrielle, notamment en Alberta, où plus de 11 000 emplois ont disparu. La situation la plus dramatique a été observée en Colombie-Britannique et au Nouveau-Brunswick, puis en Alberta, au Québec, et finalement en Ontario.

Tant pour la Belle province que pour le reste du Canada, ce premier trimestre du marché du travail est tristounet comme le temps qu’il fait. Quelque 16 000 emplois perdus au pays, et 7000 dans la province. Ce n’est pas la récession, mais ce n’est pas la joie.

Au Québec et en Ontario, l’effort exigé dans la lutte aux déficits gouvernementaux fait particulièrement mal. Dans ces deux provinces, la seule réduction de l’emploi dans les administrations publiques (fédéral, provinciales et municipales) équivaut à l’ensemble des pertes dans le marché du travail. Ce qui n’étonne guère : c’est dans ces deux juridictions que la course au déficit zéro est la plus féroce, et c’est aussi là que l’État fédéral est le plus implanté. Les nombreuses mises à pied annoncées au cours des derniers mois par le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, font maintenant une entrée retentissante dans les statistiques.

En Colombie-Britannique, la situation commence à ressembler à un éclatement de bulle immobilière : le ralentissement noté dans ce secteur a provoqué la perte d’au moins 13 000 emplois en construction et entretien de bâtiment. En Alberta, un ensemble de facteurs concourt à rendre la vie difficile aux chercheurs d’emplois, avec des pertes appréciables dans le tourisme, la finance et la construction.

Au Québec, la finance et les services scientifiques ont rééquilibré les pertes encourues dans le secteur manufacturier, avec un autre mois noir, après l’embellie de 2012. L’emploi demeure stable dans les mines et autres ressources naturelles.

Pointe d’espoir : 2012 avait aussi commencé cahin-caha, pour terminer avec force dans les 5 derniers mois, et faire de cette précédente année un de meilleurs crus depuis 2007.

Le marché de l’emploi le plus dynamique au Canada en 2012: le Québec!

- 8 janvier 2013

Vous vous souvenez de la blague de Jean Charest, lors de la dernière campagne électorale? Sa promesse de créer 250 000 emplois pendant son prochain mandat, s’il était réélu? Je l’avais notamment épinglé pour tout son ridicule dans une billet intitulé Les 250 000 emplois de Jean Charest: pas une promesse, une menace!.

Bien, s’il avait été réélu à la tête de la province – une éventualité pas si ridicule compte tenu de la députation libérale assez nombreuse ayant survécu au supplice électoral du 4 septembre– Jean Charest pourrait tenir un point de presse en ce moment. Et vanter le fait d’avoir concrétisé plus de la moitié de sa promesse, à 4 ans et demi de la fin de son mandat.
Car, depuis la débâcle assez spectaculaire marché du travail à la fin de 2011 au Québec, chaque mois a valu sa peine à 2012 pour corriger cette mauvaise performance. Petit peu à petit peu, le Québec s’est remis à créer de l’emploi, des emplois, toujours plus d’emplois. De sorte qu’en 2012, au total, le Québec en a créé 138 000.

C’est cela : 138 000 emplois de plus en 12 mois. Une performance remarquable, puisque le Québec arrive au deuxième rang des provinces pour le taux de croissance de l’emploi, à 3,5%, tout juste derrière Terre-Neuve, à 3,7%.

C’est pas mêlant : un emploi sur 2 que le Canada comptait de plus en décembre 2012 par rapport au même mois l’année précédente a été créé au Québec. Pour le reste du pays, en soustrayant les chiffres de la province, on obtient une croissance de seulement 1,3%. Bref, sans le Québec, le portrait de l’emploi au Canada ressemblerait davantage à celui des États-Unis, c’est-à-dire dans un état proche de la dépression nerveuse. Au sud de la frontière, on parle de la reprise sans emploi, tant la création de postes est anémique.

Mieux encore : en ce qui a trait à l’emploi à temps plein, le Québec est bon premier de toutes les provinces avec une croissance de 3,9% en 2012.

Certes, mon Jean Charest fictif pourrait pavoiser, comme le peut aussi la Pauline Marois réelle, car depuis l’élection du gouvernement minoritaire péquiste, la création d’emplois n’a pas ralenti, elle s’est même accélérée. Pendant les 8 premiers mois de l’année, sous auspice libéral, il s’est créé en moyenne plus ou moins 10 000 emplois par cycle lunaire, en arrondissant les chiffres. Depuis septembre, la moyenne mensuelle est de 14 000.

Encore faut-il voir dans quels secteurs économiques où l’emploi s’est multiplié. Le secteur des ressources naturelles, fortement dominé par l’industrie minière, a vu son nombre de postes reculé de près de 10% en 2012. Cela veut dire 3000 jobs en moins, bien que le Plan Nord était la pierre d’assise du programme économique libéral. Il y avait 11 000 personnes en moins à l’emploi des diverses administrations publiques (fédéral, provincial, municipal). La restauration et l’hôtellerie ont également souffert, fort probablement à cause de la chasse à l’évasion fiscale dans ce domaine, avec l’élimination de 29 000 emplois, soit plus de 11% de la main-d’Å“uvre de ce secteur.

Alors, quel domaine a été le plus grand moteur de la croissance de l’emploi au Québec, après celui de la santé et des services sociaux? Le secteur manufacturier! Si, si, ça ne va plus du tout mal à la shop. Les usines québécoises, existantes comme nouvelles, embauchaient 32 000 personnes de plus en décembre 2012 qu’en décembre 2011, une croissance de 6,7%. C’est la première hausse remarquable de l’emploi manufacturier depuis 2008. Il s’agit même de la plus importante depuis 2002. Il y en avait en malgré tout quelque 160 000 de moins en 2012 que cette année-là.

Suit le secteur de l’information, la culture et les loisirs, avec l’ajout de 31 000 salariés, ensuite ceux des services de l’enseignement (23 700), la construction (22 800) et des services aux entreprises (14 000).

Mais le secteur de la santé et des services sociaux demeure l’acteur majeur, avec l’ajout de 79 000 travailleurs, tant dans les hôpitaux que les cliniques privées, les résidences publiques et privées pour personnes âgées, les pharmacies, les garderies…. Le Québec à la fois vieillit et met au monde de plus en plus d’enfants.

Budget Marceau: pourquoi c’est difficile

- 21 novembre 2012

Qu’il soit domicilié à Ottawa, à Québec, à Toronto, à Victoria ou même à Edmonton, le ministre des Finances moyen au Canada peine à joindre les deux bouts. Nouvelle démonstration hier à l’Assemblée nationale, où le ministre Nicolas Marceau a prouvé sa capacité phénoménale à monter à genoux les marches de l’Oratoire Saint-Joseph, dans l’espoir d’obtenir une faveur de budget équilibré. À Queen’s Park, le parlement provincial ontarien, ils n’ont même plus la foi tant il leur apparaît impossible de juguler le déficit (d’une hauteur de 13 milliards $ cette année) à moyen terme. Même au pays des sables bitumineux, où le taux de chômage est une fraction de celui qu’éprouve le reste du pays, où la population est jeune et les redevances pétrolières considérables, on n’est même pas capable de se priver de la carte de crédit (déficit de 3 milliards $ cette année, contre 1,3 milliard au Québec).

Alors, ça craque de partout.

Pourtant, on clame à gauche comme à droite que le Canada, et la plupart des provinces, incluant le Québec, se tirent admirablement bien de la crise économique globale par rapport au reste du monde occidental. Ce qui est vrai. Il y avait en octobre dernier 350 000 emplois de plus au Canada qu’au début de la crise en 2008, dont 106 000 au Québec, 97 000 en Alberta, 82 000 en Colombie-Britannique et 28 000 en Ontario.

Mais comme le diable se terre dans les détails, il faut aller voir en dessous, comme je le faisais tout petit avec les cailloux du lit de la rivière pour y dénicher les écrevisses. Et que retrouve-t-on sous les roches des stats de l’emploi? De bien grosses anguilles.

Certes, l’emploi a progressé. Mais les nouveaux emplois ont tendance à payer bien moins. Selon deux petites recherches du Progressive Economics Forum, près d’un nouvel emploi sur deux créé au pays depuis 2008 est temporaire. Au Québec, c’est trois sur quatre, et en Ontario, quatre sur cinq. Or, en moyenne, les emplois temporaires offrent à peine 65% du salaire moyen d’un emploi permanent. De plus, pendant la même période, les nouveaux travailleurs reçoivent un salaire moyen inférieur de 40% à celui offert aux autres travailleurs. Traditionnellement, ça tourne plus autour de 30%.

Bref, en tenant compte de l’inflation, le salaire horaire réel des Canadiens a diminué de 0,6% depuis 2009. Tandis que les dépenses gouvernementales – comme celles des particuliers – ont continué de grimper.

Et puisque 80% des revenus des gouvernements au Canada proviennent désormais de la poche des travailleurs (contre 50% dans les années 60), il ne faut pas chercher de midi à 14h pour expliquer les grandes difficultés des argentiers provinciaux et celui du fédéral à boucler leurs budgets.

Indice Jobboom: grande volatilité dans l’emploi

- 18 septembre 2012

Il y a eu à la télé les hauts et les bas d’une certaine Sophie Paquin, désormais, il y a ceux des l’Indice Jobboom dans le marché de l’emploi! Après une chute historique en août, à 13,6 depuis son niveau de 37,4 en juillet, revoilà que l’Indice Jobboom du marché du travail de septembre rebondit comme une puce de compétition mondiale pour retrouver sensiblement le même niveau qu’en juillet, avec une note plus représentative de 2012, avec un 31,9.

seotembre 2012

Comment expliquer de tels écarts, un tel coup de balancier? Il n’y a pas de réponse toute faite, mais une chose est sûre, c’est que le marché de l’emploi au Québec connaît le même niveau de volatilité. Difficile alors de déterminer si vos chances de trouver l’emploi de vos rêves sont en croissance ou en récession. Jusqu’à maintenant, depuis le début de 2012, le marché du travail québécois s’améliore peu à peu, mais non sans de grandes variations d’un mois à l’autre. Dans les deux derniers mois, le nombre d’emplois a diminué de 29 000, avant d’augmenter de 32 000. Après le mois de juillet, la croissance de l’emploi s’enlignait pour une rachitique moyenne annuelle de 1%. Puis, vint août et la croissance de se rapproche d’un taux de croissance annuelle près de 2%, ce qui serait fort honorable.

Même si les perspectives d’embauches des employeurs émises récemment laissent supposer un automne plus difficile que le printemps pour les chasseurs de jobs, la remontée de l’Indice laisse une note d’espoir. À moins que les élections provinciales aient quelque peu faussé les statistiques. En effet, en août, un grand nombre d’emplois à temps partiel sont apparus. Il est fort probable que l’exercice démocratique y soit pour quelque chose, les campagnes électorales entraînent habituellement leurs lots d’embauches temporaires, tant dans les partis, dans les entreprises pourvoyeuses de biens et services aux partis, qu’au Directeur général des élections.

Seul l’avenir, et surtout les statistiques de l’emploi de septembre, nous le diront. D’ici là, toute conclusion quant à la santé du marché du travail québécois demeure hasardeuse.

L’Indice Jobboom est une prévision de la force de l’emploi pour le mois courant, calculée par rapport aux dix dernières années, et à partir des données de l’Enquête sur la population active, de Statistique Canada. Plus l’Indice est fort, c’est-à-dire près de 100 %, plus le marché de l’emploi est favorable. À moins de 50, il est «défavorable». Entre 50 et 75, c’est «passable». Entre 75 et 90, il est «favorable», alors qu’à plus de 90, il est «excellent».