La motivation derrière la réforme de l’assurance-emploi, annoncée la semaine dernière et insérée dans le projet de loi mammouth C-38, c’est que les chômeurs canadiens et les employeurs canadiens en recherche d’employés s’ignorent. Il faut donc trouver le moyen qu’ils se découvrent mutuellement.
D’où l’idée de forcer les chômeurs fréquents (c’est-à -dire plus d’une fois aux 5 ans) à prendre n’importe quelle McJob. D’ailleurs, la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences l’a confirmé: les McDo du Canada n’auront plus à faire venir de l’étranger des étrangers pour flipper les burgers. Tiré de l’article du Devoir du 25 mai:
L’objectif, c’est de jumeler emplois vacants et chômeurs et de s’assurer que les pénuries de main-d’oeuvre sont d’abord comblées au pays, a plaidé la ministre. « Nous voulons nous assurer que les MacDonald’s de ce monde n’ont pas à faire venir des travailleurs étrangers temporaires pour faire le travail que des Canadiens sur l’assurance-emploi ont les compétences de faire. »
Ça sous-entend deux postulats pas vraiment vérifiables: 1) les chômeurs sont paresseux, et faut les forcer à se chercher une job; 2) Les McDo du pays importent de la main-d’Å“uvre.
Même si cela s’avérait, il faudrait aussi que le problème existe: les employeurs canadiens éprouvent de manière généralisée de la difficulté à trouver leur main-d’Å“uvre. S’il est vrai que CERTAINS employeurs, de CERTAINES régions et de CERTAINS secteurs d’activité bien précis ne dénichent pas sans peine des travailleurs PRÉCISÉMENT QUALIFIÉS pour un poste donné qui exige des qualifications précises, il semble faux de prétendre que le problème soit généralisé.
En fait, selon un sondage mondial de la firme de gestion en ressources humaines Manpower, auprès de 40 000 employeurs de 41 pays, le Canada est l’un des rares pays où le pourcentage d’employeurs affirmant avoir des difficultés à combler les postes disponibles est sous les 25%, comme le démontre The Economist dans ce joli tableau. Au Japon, c’est 81%, en Australie, 50%, aux États-Unis, 49%. C’est plus de 40% en Allemagne et 29% en France.
Lorsqu’on isole les pays avec des taux de chômage sous les 8% (on s’entend que dans un pays affligé par un chômage galopant, un employeur devrait en principe avoir moins de difficultés à combler ses emplois disponibles), c’est encore plus beau. Seule la Chine, parmi les 20 pays compris dans le tableau de The Economist, parmi les 11 pays avec un taux de chômage sous le 8%, abrite des employeurs plus chanceux. Les entreprises de tous les autres pays au chômage faible arrivent plus difficilement à trouver la perle rare que les canadiennes. En moyenne, c’est deux fois plus. Et comme la Chine n’est pas une économie normale, on peut donc dire que déjà , avant la réforme, le Canada est le pays où les employeurs ont le plus de facilité à trouver la main-d’œuvre nécessaire pour leurs activités.
Alors, il est où le problème?
