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Les Canadiens savent trouver leur emploi

- 30 mai 2012

La motivation derrière la réforme de l’assurance-emploi, annoncée la semaine dernière et insérée dans le projet de loi mammouth C-38, c’est que les chômeurs canadiens et les employeurs canadiens en recherche d’employés s’ignorent. Il faut donc trouver le moyen qu’ils se découvrent mutuellement.

D’où l’idée de forcer les chômeurs fréquents (c’est-à-dire plus d’une fois aux 5 ans) à prendre n’importe quelle McJob. D’ailleurs, la ministre des Ressources humaines et du Développement des compétences l’a confirmé: les McDo du Canada n’auront plus à faire venir de l’étranger des étrangers pour flipper les burgers. Tiré de l’article du Devoir du 25 mai:

L’objectif, c’est de jumeler emplois vacants et chômeurs et de s’assurer que les pénuries de main-d’oeuvre sont d’abord comblées au pays, a plaidé la ministre. « Nous voulons nous assurer que les MacDonald’s de ce monde n’ont pas à faire venir des travailleurs étrangers temporaires pour faire le travail que des Canadiens sur l’assurance-emploi ont les compétences de faire. »

Ça sous-entend deux postulats pas vraiment vérifiables: 1) les chômeurs sont paresseux, et faut les forcer à se chercher une job; 2) Les McDo du pays importent de la main-d’Å“uvre.

Même si cela s’avérait, il faudrait aussi que le problème existe: les employeurs canadiens éprouvent de manière généralisée de la difficulté à trouver leur main-d’Å“uvre. S’il est vrai que CERTAINS employeurs, de CERTAINES régions et de CERTAINS secteurs d’activité bien précis ne dénichent pas sans peine des travailleurs PRÉCISÉMENT QUALIFIÉS pour un poste donné qui exige des qualifications précises, il semble faux de prétendre que le problème soit généralisé.

En fait, selon un sondage mondial de la firme de gestion en ressources humaines Manpower, auprès de 40 000 employeurs de 41 pays, le Canada est l’un des rares pays où le pourcentage d’employeurs affirmant avoir des difficultés à combler les postes disponibles est sous les 25%, comme le démontre The Economist dans ce joli tableau. Au Japon, c’est 81%, en Australie, 50%, aux États-Unis, 49%. C’est plus de 40% en Allemagne et 29% en France.

Lorsqu’on isole les pays avec des taux de chômage sous les 8% (on s’entend que dans un pays affligé par un chômage galopant, un employeur devrait en principe avoir moins de difficultés à combler ses emplois disponibles), c’est encore plus beau. Seule la Chine, parmi les 20 pays compris dans le tableau de The Economist, parmi les 11 pays avec un taux de chômage sous le 8%, abrite des employeurs plus chanceux. Les entreprises de tous les autres pays au chômage faible arrivent plus difficilement à trouver la perle rare que les canadiennes. En moyenne, c’est deux fois plus. Et comme la Chine n’est pas une économie normale, on peut donc dire que déjà, avant la réforme, le Canada est le pays où les employeurs ont le plus de facilité à trouver la main-d’œuvre nécessaire pour leurs activités.

Alors, il est où le problème?

Comment lire un sondage

- 27 avril 2011

Il n’est pas question d’élections ici, mais plutôt d’un sondage de l’Ordre des conseillers en ressources humaines du Québec, dont les médias font état ce matin, tel que le site lesaffaires.com. Il en ressort, selon la lecture de plusieurs, que le temps est au beau fixe, que les entreprises vont embaucher, qu’elles vont éprouver des difficultés à le faire, qu’elles vont faire travailler leurs salariés plus d’heures par semaine, que les salaires vont augmenter plus vite que l’inflation. C’est à tout le moins le message tel que présenté par l’Ordre. Réjouissez-vous!

C’est une lecture valable, mais d’un bout de la lorgnette, celle des employeurs. De l’autre, celui des travailleurs, voyons voir plus clair ce que nous dit donc ce sondage:

Que 55% des employeurs n’embaucheront pas au cours des prochains mois (ce que confirme l’Indice Jobboom d’avril , établi à «Passable»).

Que 65% des travailleurs ne verront pas leurs heures de travail augmentées.

Que 60% des travailleurs ne bénéficieront pas d’une augmentation salariale au-dessus du taux d’inflation.

Pour mieux comprendre, je vous invite à lire le rapport détaillé du sondage de l’Ordre.

Du travail, des emplois, des embauches…

- 2 février 2011

Demain, Jobboom lancera officiellement son guide Carrières d’avenir 2011, un livre que nous rééditons chaque année avec succès et qui traite des carrières les plus prometteuses au Québec pour les prochaines années. Du même coup, nous rendons publique notre enquête annuelle sur les perspectives d’emploi pour 2011.

Sans vouloir vendre le punch, je peux quand même vous affirmer que ce bilan fait état de très belles perspectives pour le marché du travail québécois cette année. En fait, 80 programmes de formation – tant au professionnel, qu’au collégial qu’à l’université – affichent des taux de placement de 100% ou presque. Il y en a même 28 qui ne suffisent tout simplement pas à la demande.

Nos données concordent parfaitement avec les récentes mises à jour d’Emploi-Québec quant aux prévisions pour les cinq prochaines années. Rien de moins que 740 000 emplois pourraient être à pourvoir, dont 240 000 uniquement grâce à la création de postes. Il s’agit à mon avis de prévisions conservatrices.

Elles trouvent aussi écho dans le sondage publié ce matin par l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés qui laisse entrevoir beaucoup d’optimisme chez les employeurs. Selon ce sondage, réalisé auprès de 485 membres de l’Ordre, dont la majorité travaille à l’embauche en entreprise, près de la moitié des répondants affirment que leur entreprise embauchera au cours de la prochaine année. Inversement, seulement 3% indiquent qu’au contraire, elle réduira ses effectifs. Selon l’Ordre, de telles données ne peuvent que pousser les salaires à la hausse, à un rythme supérieur au taux d’inflation.

Bref, le marché du travail québécois, qui a longtemps été une sorte de canard boiteux parmi les autres au Canada, poursuit son rattrapage entrepris à la fin des années 90, après des années de diversification économique. Tant en termes quantitatif que qualitatif, l’écart entre le Québec et le reste du Canada en matière d’emploi se rétrécit sans cesse, de sorte qu’aujourd’hui, et probablement tout au long de 2011 également, il fait désormais mieux être un travailleur québécois qu’ontarien. C’est pas rien.